Patrimoine de l’UNESCO: Entre promotion et protection

mercredi 6 novembre 2013 5:27

Illustration Isabelle Langlois

Par Danica Faessler

De la détérioration de l’environnement au départ des populations locales, les activités touristiques sur les sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO font obstacle à la préservation des lieux.

Depuis l’inscription en 1983 du site du Machu Picchu au Patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), des inquiétudes ont été formulées par l’organisation quant à la dégradation des écosystèmes. D’après ses rapports, le pillage, la mauvaise gestion des déchets et les empiètements agricoles affectent une majorité des biens listés au patrimoine mondial.

Les recommandations faites par l’UNESCO pour la sauvegarde des lieux patrimoniaux n’entraînent pas toujours un suivi de la part du pays concerné. «L’UNESCO amène avant tout des recommandations morales. L’organisation n’a pas de pouvoir. Ce sont les États qui doivent gérer leurs territoires», explique la professeure au département d’études en loisir, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Pascale Marcotte. Depuis 1990, toutes les demandes pour faire partie du  patrimoine mondial doivent être accompagnées d’un plan de développement durable. Le pays est toutefois libre de suivre ce plan. Par exemple, le sanctuaire historique du Machu Picchu accueille de 10 à 15% plus de visiteurs par jour que le quota prévu par l’État péruvien, selon le dernier rapport de l’UNESCO.

Le tourisme affecte autant l’environnement immédiat du site que les populations et les cultures locales. Inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril, le site archéologique d’Angkor, au Cambodge, abrite une population jugée par l’UNESCO comme étant très conservatrice de ses traditions ancestrales. L’affluence des touristes sur le site exerce une pression sur les pratiques religieuses et ancestrales des populations d’Angkor, qui ne sont pratiquées nulle part ailleurs.

Afin de préserver les biens matériels et immatériels de ce site, l’organisme a imposé des lois qui limitent l’accès à certains lieux jugés plus à risque. L’organisation fait aussi des efforts pour conscientiser les visiteurs à la culture et au mode de vie des habitants. Un centre d’apprentissage visant à informer tant le public que la population locale sur le développement durable des ressources a été mis en place au Cambodge. Les responsables du site encouragent aussi les habitants locaux à cultiver les ressources à même le territoire d’Angkor. L’économie locale est ainsi encouragée, ce qui permet de réinvestir les profits dans la protection de l’environnement du site. Grâce à ces mesures, les populations sont éduquées sur le type d’agriculture qui convient le mieux à leur territoire, ce qui permet un meilleur rendement des ressources naturelles, tout en assurant le développement durable du site.

Des pays laissés à eux-mêmes

L’UNESCO contribue toutefois peu au soutien financier des différents biens de l’héritage patrimonial. Le pays doit financer à même ses coffres la préservation de ses biens inscrits à la Liste du patrimoine mondial. Le Système de mesures d’excellence des destinations (SMED) a pour objectif de créer des partenariats avec différents lieux touristiques dans le but de donner des conseils liés au développement durable. «Une ville ou un lieu patrimonial ne reçoit pas d’argent selon son titre. Si le pays concerné démontre un intérêt à protéger cet environnement, il peut alors demander des fonds aux organisations internationales ou à son gouvernement», précise le directeur du SMED, Jorge Guerrero Lozano.

Les pays qui possèdent peu de ressources financières sont ainsi moins aptes à protéger leur propre territoire des impacts du tourisme. Ils sont plus enclins à promouvoir l’accès des sites patrimoniaux aux visiteurs pour développer l’industrie touristique, constate Jorge Guerrero Lozano. «Le problème, c’est qu’il arrive souvent que le tourisme prenne de l’expansion, mais qu’il n’y ait pas de gens formés pour faire face à ce tourisme. Il y a un décalage profond entre la formation de ressources humaines et la demande», observe-t-il.En 2009, un partenariat de deux ans a été mis en place entre l’UNESCO et le site de voyage TripAdvisor, afin de sensibiliser les touristes à la protection des 981 biens naturels ou culturels faisant partie du patrimoine. TripAdvisor a fait don de 1,5 million de dollars (US) au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO dans le but de protéger les lieux patrimoniaux.

C’est pour préserver les lieux importants de l’héritage mondial du nombre grandissant de voyageurs que la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel a été fondée en 1972. Selon des données recueillies par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), plus d’un milliard de touristes ont dépassé les limites de leur pays en 2012 et ce nombre ne cesse d’augmenter. Seulement dans les huit premiers mois de 2013, le nombre de touristes a augmenté de 5%, pour atteindre un record mondial de 747 millions de voyageurs. Ces changements rapides dans le monde du tourisme devraient apporter de nouvelles solutions visant à préserver le patrimoine collectif. Le défi grandira d’année en année, au rythme des clics d’appareils photos et des billets d’entrée.

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