Dégénération radiophonique

dimanche 13 novembre 2011 1:54

Par Anne-Sophie Poiré

Les interprètes francophones de la chanson québécoise ont bien du mal à se faire entendre sur les ondes radiophoniques. Le mouvement Montréal français, une organisation militante en faveur du français comme seule langue officielle et commune au Québec, note une baisse tangible de la présence de contenu musical francophone depuis 2008 dans une majorité de radios québécoises.           

Selon BDS radio, un système de classement musical canadien comparable au Billboard américain, 19 pièces francophones figuraient parmi les 40 chansons les plus jouées à la radio en janvier 2009. En octobre 2011, le compte n’est plus le même. Seulement 5 pièces francophones figurent sur cette liste. L’artiste québécois le plus haut classé dans ce répertoire est le groupe Kaïn, qui se retrouve au 19ème rang.

Les radiodiffuseurs mettent en onde la musique populaire que les gens veulent entendre et non ce que les quotas du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) leur dictent. Ils doivent traiter les pièces diffusées comme de la marchandise ou de la publicité qui fera vendre la station. Le choix des chaines radiophoniques dominantes quant à leur contenu musical paraît alors évident. Chez CKOI, NRJ et Rouge FM, trois des grandes stations radiophoniques de Montréal, Lady Gaga, Adele et Britney Spears sont toutes au sommet.

Certains animateurs vedettes de grandes radios sont également d’avis que les stations devraient diffuser plus de contenu francophone et québécois. L’ancien animateur de CKOI, Normand Brathwaite, a ouvertement critiqué les choix musicaux majoritairement anglophones de ses anciens patrons à l’émission Pénélope McQuade en avril dernier.

Les stations ont toutefois trouvé un moyen d’à la fois respecter et de contourner les réglementations du CRTC. Certaines radios préfèrent tout simplement incorporer des parcelles francophones dans de gros titres anglophones. D’autres façonnent des montages de parfois plus de 20 minutes avec plusieurs pièces anglophones. Ainsi, cet arrangement musical devient une seule et unique chanson.

Le règlement de 1986 sur la radio du Ministère de la Justice du Canada est pourtant clair quant à la diffusion de contenu francophone. «Toute radio exploitant une station commerciale francophone doit consacrer au moins 55% de ses pièces musicales à des pièces de langue française, du lundi au vendredi, entre 6 heures et minuit.» C’est la réglementation que le CRTC reconnait suivre.

Réussir en anglais

Les artistes émergents francophones saisissent bien le message lancé par l’industrie. Si on veut gagner de l’argent, s’illustrer internationalement ou tout simplement être entendu à la radio, on doit composer en anglais. C’est peut-être ce qui explique qu’approximativement 75% des participants aux auditions de la téléréalité Star Académie ont choisi de performer en anglais. En entendant les chansons de Simple Plan ou de Céline Dion acclamées partout sur la planète, le choix de la langue d’interprétation de ces artistes naissants devient manifeste.

Il est tout de même rassurant pour la culture francophone québécoise de voir des artistes comme Malajube se distinguer en français chez nos voisins américains. Mais il est bien malheureux de constater que nos radios québécoises sont en train de succomber aux pressions linguistiques de cette mer anglophone qui encercle le Québec.

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