Retour du rétro en musique: Faire mieux avec du vieux

jeudi 7 novembre 2013 9:40

Bruno Mars en veston rouge et chemise à motif léopard dans une mise en scène digne des Jackson Five. Justin Timberlake se déhanchant dans un vidéoclip en noir et blanc, micro vintage à la main. Pas de doute, l’heure est au rétro dans la musique populaire.

Par Ariane Labrèche

Disco, funk, électro, soul: il n’est maintenant plus nécessaire d’écouter de vieux vinyles afin de se délecter de ces sonorités rétros. À l’ère de Youtube, plusieurs artistes populaires s’amusent à ressortir les sonorités des années 1970 et 1980 des boules à mites, s’assurant au passage d’un bon succès commercial.

«La musique commerciale existe depuis que des hommes d’affaires ont réalisé qu’il y avait du gros cash à faire, explique l’animateur à la station de télévision Musique Plus, Claude Rajotte. Elle existait dans les années 1950 et 1960, mais est devenue dominante surtout dans les années 1970 et 1980.» La musique rétro est donc aussi commerciale. «Ce sont des compositions basées sur des clichés musicaux qui ont fait leurs preuves», dit-il.

Professeure de théorie des musiques populaires et d’anthropologie des cultures musicales à l’UQAM, Sylvie Genest souligne que le fait de se tourner vers la musique du passé est une bonne stratégie pour rejoindre les plus jeunes. «Quand les artistes utilisent des styles des décennies 70 ou 80, les jeunes ne les ont pas connus, explique-t-elle. Pour eux, c’est impressionnant et nouveau.» Renouveau pour certains, nostalgie pour les autres, le rétro pave la voie à un succès assuré. «Les artistes de la relève ne sont pas si détachés de leur salaire», remarque la professeure.

On assiste depuis quelques années à la naissance d’une scène alternative virtuelle, phénomène en partie causé par l’émergence du web. «Il ne faut pas oublier que la situation du marché de la musique a radicalement changé ces dix dernières années avec l’arrivée d’iTunes et YouTube. Les artistes ont trouvé une nouvelle façon de communiquer leur musique et de plus en plus de jeunes se foutent totalement de jouer à la radio ou dans les médias traditionnels», dit Claude Rajotte. «Les artistes les plus créatifs, les plus engagés dans leur art, ne sont pas ceux qu’on entend à la radio», souligne Sylvie Genest.

Le son du nouvel album Random Access Memories de Daft Punk puise dans les années 1970, une décennie festive. «Pratiquement toutes les paroles de chansons parlent de la même chose: on va faire la fête, on va le faire ensemble et on va le faire longtemps», note Daniel Couture, professeur d’arrangements musicaux au Cégep de Drummondville. Les deux musiciens de Daft Punk se sont associés à plusieurs artistes emblématiques de cette décennie, dont Nile Rodgers, guitariste et producteur ayant travaillé avec David Bowie. La chanson Get Lucky fait d’ailleurs penser à la chanson Good Times du groupe Chic, duquel faisait partie Nile Rodgers. Les références au disco et au funk sont nombreuses : une guitare accrocheuse, un rythme à l’avant de la chanson et le piano en accompagnement.

Les deux nouveaux albums de Justin Timberlake, 20/20 Experience Part 1 & 2, puisent quant à eux dans la culture pop et Motown de la fin des années 1970. «C’est un retour du balancier par rapport à des musiques plus introspectives, croit Sylvie Genest. La musique des deux dernières années est légère et associée à la joie de vivre.» L’influence de l’idole de Justin Timberlake, Michael Jackson, est évidente, particulièrement dans la chanson Let the Groove Get In. Elle pourrait être la petite sœur de Wanna Be Startin Somethin’ du roi de la pop, tant les mélodies se ressemblent. Les arrangements musicaux plongent l’auditeur dans une ambiance Motown très groovy, qui n’est pas sans rappeler le Marvin Gaye de l’époque What’s Going On. On y entend des ensembles de cordes et des percussions douces et enveloppantes, qui nous replongent immédiatement dans la beauté de la musique de l’époque.

Justin Timberlake – Flickr Up On The 101

Le chanteur Bruno Mars, dans son dernier album Unorthodox Jukebox, revisite de façon assumée la décennie 1980. Un des extraits de cet album, la chanson Locked out of Heaven, rappelle instantanément le célèbre groupe anglais The Police. Le groupe est connu pour ses influences reggae, particulièrement dans le son très groovy de ses guitares. «La qualité des mélodies est aussi un aspect important de cette musique, comparativement à la musique des années 2000 où l’on cherche plutôt à créer une ambiance et à donner une couleur particulière à une chanson», explique Daniel Couture. Les nouvelles chansons de Bruno Mars mettent elles aussi la mélodie à l’avant-plan.

«Le premier aspect distinctif de la musique des années 1980 est l’utilisation massive d’instruments artificiels comme les synthétiseurs», explique Daniel Couture. Dans cette décennie, l’imitation du son des instruments acoustiques était recherchée, mais avec des instruments électroniques. «La technologie étant ce qu’elle est, le résultat n’était pas toujours très efficace, mais cette « inefficacité » est devenue un son distinctif de l’époque», dit Daniel Couture. Ce son fait un retour marqué dans la pop moderne, notamment avec des groupes comme Chromeo. Ses deux membres, natifs de Montréal, citent souvent les groupes Hall & Oates, Daft Punk et tout le courant funk et électro comme leurs influences majeures. Le son de Chromeo est résolument eighties : l’omniprésence du synthétiseur, les percussions électroniques et l’usage fréquent du talk box, petite machine qui donne un son robotique à la voix humaine, notamment entendue dans les chansons du groupe Daft Punk.

Chromeo – chromeo.net

La musique à tendance rétro semble être sur une belle lancée. Après Justin Timberlake et Bruno Mars, peut-être sera-t-il possible de voir Katy Perry danser le swing ou Lady Gaga faire dans le soul des années 1960. Il ne reste plus qu’à s’acheter le dernier album de JT en vinyle, à mettre notre plus bel ensemble trouvé dans une friperie, et à s’élancer sur la piste de danse.

2 Comments

  • Belle rétrospective, Ariane!
    Et d’actualité si on en juge l’achalandage des visiteurs de l’excellente exposition Bowie à Toronto.
    Je te conseille donc une escapade dans notre belle capitale économique qui vient aussi d’ouvrir un MAGNIFIQUE aquarium jouxtant la CNTower.
    Au plaisir de se revoir sur les pentes de ski pour en discuter.
    Catherine

  • Granny Lise

    Bravo pour ton analyse Ariane. Je comprends pourquoi je continue a aimer la musique actuelle.

Leave a reply

required

required

optional