COBAYE: Cigarettes et ragoût de boulettes

jeudi 7 novembre 2013 12:50

Crédit photo: Andrea Valeria

Par Catherine Lamothe

Je marche vers le métro et je m’accroche à chaque pas dans mes pantalons pattes d’éléphants. Ils sont un peu longs pour mes jambes de naine, alors je trébuche et fonce dans tout le monde. Mon mandat avait pourtant l’air simple: vivre une journée comme en 1969, l’année où l’UQAM a été fondée.

1969, c’est Woodstock. C’est le mouvement hippie, la paix dans le monde, les Beatles. Je m’imaginais déjà vivre ma journée dans une commune entourée de chèvres, à me faire des tresses dans le poil d’aisselles pour rendre grâce à Dame Nature. Je dois avouer que mon expérience diffère un peu de ce que j’avais imaginé.

Pas que je sois déçue de ma matinée. Au contraire. Mes quatre cafés instantanés goûtaient À PEINE l’eau chaude et mon épisode de Fanfreluche était particulièrement amusant. C’est juste que les gens dans la rue me regardent comme si j’étais une extraterrestre. J’ai un bandeau d’hippie dans les cheveux qui me coupe toute circulation sanguine. Je porte une camisole fleurie trop grande qui laisse entrevoir mon soutien-gorge (non, je n’ai pas eu le courage de le brûler en public). J’ai aussi des lunettes fumées à la Lennon, tellement épaisses que je ne vois rien. Pas de technologie non plus pour la journée. Rien de ce qui n’existait pas en 1969.

J’arrive finalement à la station de métro (qui, pour ceux qui se demandent, était bel et bien inaugurée en 1969). Pas de carte OPUS pour moi aujourd’hui, je paie comptant. En descendant l’escalier (pas roulant), je fouille dans ma sacoche pour trouver mon iPhone et mes écouteurs. Ah, zut. Ça n’existe pas.

Midi

Mon cours vient de finir. Je sors fumer une cigarette (dégueu pour une non-fumeuse, mais typique de mon nouveau mode de vie). J’aurais bien aimé fumer à l’intérieur de l’UQAM, mais les gardes de sécurité n’avaient pas trop l’air d’aimer l’idée. Je suis un peu troublée par ma matinée. J’avais oublié ce que c’était de prendre des notes à la main. J’ai du stylo dans le front et je pense que je fais une tendinite. Mais c’était franchement drôle d’entrer en classe et de voir que tout le monde se demandait si j’avais soudainement changé de look ou si j’essayais juste encore désespérément d’attirer l’attention.

Pendant que je fume, une fille s’approche, même style que moi. Une vraie hippie des temps modernes, ma première amie de la journée. «As-tu du feu ?»

Je lui suggère de prendre deux pierres (je ne sais pas trop si ça existait les briquets en 69). Elle s’exécute, mais reste plantée à côté de moi. Oh, non. Elle m’observe. Elle pense que suis habituée. Je ne veux pas être démasquée alors j’essaie de cacher mon dégoût de fumeuse débutante. Je m’étouffe. Je ne sais pas trop où envoyer la fumée. La fille me dévisage pendant que mes yeux pleins de boucane pleurent tout seuls.

«Ça va ?»

«Oui, je… faut que j’aille manger mon sandwich au Paris-Pâté».

Je me sauve. Je m’enfarge dans mes pantalons, je tombe sur le trottoir. Je me relève. Maudit que j’haïs ça les pattes d’éléphant.

15 heures

Je prends un verre avec des gens de mon programme puisque notre cours de l’après-midi a été annulé. Je consulte la carte, embêtée. Finalement, je choisis une sangria, une sangria c’est fait à base de vin, et le vin ça existe minimum depuis le jour où Jésus en a fait apparaître dans un baril d’eau.

Je pense que je commence à apprécier ma nouvelle époque d’adoption. Je suis un peu le centre d’attraction. Curieusement, je ne m’ennuie ni de mon cellulaire ni de ma carte de débit. C’est tellement simple vivre comme en 1969. Je peux mettre ma vie sur pause sans avoir à gérer messages textes ou courriels. Je n’ai pas eu à me maquiller et mes cernes se sentent libres d’exister. En plus, je n’ai même pas eu besoin de me faire les jambes et c’est tout doux. Vraiment, être hippie, c’est la belle vie.

18 heures

Je rentre à la maison. Mon coloc m’accueille en faisant jouer trop fort un vinyle des Beatles. Je me débouche une canne de ragoût de boulettes. Puis, je m’assois devant la télé avec mon festin que je mange à même la boîte de conserve. Je suis excitée. C’est une soirée spéciale. Ce soir, Neil Armstrong va marcher sur la lune.

1 Comment

  • brigitte

    Bravo ma belle Cathou,,,, pour moi qui était en très bas âge en 69 (6ans)…..je crois fermement que s’était une belle époque …mais il faut dire que chaque époque a ses beautés ……………les années 70 ont apporté beaucoup de changement faits en douceur (pour la majorité)……….on a découvert le flower power, le sexe libre, et notre identité propre. Aujourd’hui nous découvrons aussi des choses mais à mon âge ces découvertes ne sont que le prolongement de celles d’avant. Tu écris bien et tu vis tes expériences à fond….continues je suis fière de ton cheminement 🙂 Je t’aime ma belle poulette xxx

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