Réseaux Sociaux en Chine: La grande muraille électronique

jeudi 7 novembre 2013 8:30

Illustration Isabelle Langlois

Loin d’être une zone impénétrable comme autrefois, la Chine s’ouvre sur le monde à coups de gazouillis, de clics et d’émoticônes.

Par Raphaëlle Forgues

Depuis l’apparition de la Grande muraille électronique chinoise, The Great Firewall of China, en 2009, le Parti communiste chinois (PCC) pratique un fort contrôle politique et informatique sur la Toile au sein de son pays. Les compagnies chinoises contre-attaquent en développant leurs propres réseaux sociaux pour répondre aux besoins grandissants de la population du Web chinois, soumis au contrôle strict du PCC.

En 2001, le secrétaire général du Comité central du PCC, Jiang Zemin, affirmait que le Web avait permis de répandre plus facilement des informations néfastes nuisant à la santé mentale de la population. Malgré tout, le PCC décide tout de même d’aller de l’avant dans le développement d’Internet. «Seulement, il fallait que cet espace reste sain», affirme le journaliste et correspondant en Chine pour le journal Libération, Pierre Haski, dans son livre Internet et la Chine publié en 2008.

Le professeur au Département de sciences politiques à l’UQAM, Ting-Sheng Lin, avance que c’est dans le cadre d’une stratégie de développement économique que le gouvernement chinois a créé cette barrière informatique. En développant ses propres technologies numériques et en bloquant celles venant de pays étrangers, la Chine s’assure du contrôle d’un marché de plus de 564 millions d’utilisateurs chinois. «Si le gouvernement protège ses propres entreprises, non seulement elles peuvent survivre au sein du territoire chinois parce que les autres ne peuvent pas entrer, mais une fois qu’elles deviennent suffisamment populaires, il peut même les exporter», explique Ting-Sheng Lin.

Le système informatique chinois fonctionne comme un réseau en circuit fermé, avec seulement quelques points d’entrée et de sortie vers l’extérieur, écrit Pierre Haski. Toutefois, plusieurs millions de Chinois voyagent à l’étranger et réalisent de plus en plus à quel point l’information circule dans le monde, continue le professeur Ting-Sheng Lin. «Avec tous les échanges entre les Chinois à l’intérieur et à l’extérieur du pays, vouloir assurer un contrôle intégral de l’information qui circule sur la Toile représente un objectif irréaliste», conclut-il.

Une zone pilote de libre-échange, inaugurée à Shanghai le 29 septembre dernier, marque la fin de l’exclusion des compagnies informatiques étrangères et des réseaux sociaux américains. La Chine offre ainsi la possibilité à la concurrence étrangère de s’installer. Les réseaux sociaux comme Facebook, pourraient tenter de percer le marché chinois, selon le professeur Ting-Sheng Lin.

Des compagnies informatiques chinoises ont mis sur pied différents sites Internet similaires aux réseaux sociaux américains. Renren correspond à Facebook, Weibo ressemble à Twitter et Youku remplace YouTube. Le développement du marché des technologies d’Internet n’a donc pas été paralysé par la muraille informatique. Les Chinois communiquent comme s’ils utilisaient Facebook, sans pouvoir interagir avec le reste du monde, clarifie le professeur Ting-Sheng Lin.

Une muraille culturelle

L’ancien professeur d’anglais en Chine et étudiant à l’université McGill, Benjamin Crockett, affirme que les jeunes Chinois paraissent satisfaits des services de réseautage social offerts par les compagnies du pays. Il déplore toutefois le manque d’accessibilité aux informations sur l’actualité chinoise, notamment quant aux enjeux importants de la crise au Tibet, le séparatisme taïwanais, ou encore la condamnation du Dalaï-Lama. «Les Chinois semblent faire confiance à leur gouvernement et ne cherchent pas à se rebeller contre le contrôle informatique», témoigne l’étudiant de McGill.

Par ailleurs, les Chinois ont plus de difficulté à communiquer avec l’extérieur. «Les Chinois ne maîtrisent pas aussi bien l’anglais que les jeunes occidentaux», affirme Ting-Sheng Lin. Pour eux, l’utilisation des médias sociaux américains ne représente pas un outil de communication plus efficace.

Les principaux réseaux sociaux sont donc inaccessibles pour la population chinoise à cause du  filtrage d’Internet, selon l’étudiant Benjamin Crockett. «Plusieurs sujets sont proscrits ou filtrés par les autorités chinoises», dit-il. À ses yeux, il est de plus en plus facile de contourner les barrières informatiques chinoises pour aller chercher l’information manquante. «Une personne qui s’y connait le moindrement en informatique peut accéder à tous les sites Internet», affirme-t-il.

Certains craignent que le progrès informatique puisse alimenter une révolte sociale en Chine, mais ce n’est pas une réaction à craindre, selon Ting-Sheng Lin. «Même s’il est possible d’accéder à plus d’informations, les Chinois sont très résiliants et leurs préoccupations sont axées sur les inégalités au sein de la population», nuance-t-il. Les enjeux politiques, économiques et historiques de la Chine sont bien différents des enjeux occidentaux, croit le professeur de l’UQAM. Ces différences laissent présager, selon lui, un succès incertain pour les médias sociaux étrangers auprès de la population chinoise. C’est à croire que les gazouillis du petit oiseau bleu ne réussiront pas de si tôt à se faire entendre au-delà des murs de la Grande muraille électronique.

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