Nombriliste équilibriste

mercredi 16 novembre 2011 12:21

Par Émilie Bergeron, rédactrice-en-chef de L’Esprit Simple

À 12 ans, elle prend des photos d’elle-même dans le miroir. À 14 ans, elle a son sky-blog. À 16 ans, elle passe à Facebook et à 18, elle n’est plus que twitt.

C’est bien connu, l’Occidentale est avide de soi-même. Elle se cherche dans le regard de l’autre. Elle cherche à avoir son profil répertorié parmi tant d’autres. Et d’ailleurs, pourquoi parler au féminin? «Il» se cherche tout autant.

Ils sont 7 milliards d’êtres humains, annonçait-on. 7 milliards à essayer de se ressembler plutôt que de s’assembler. 7 milliards à se cloisonner dans le standard, dans une définition d’un « moi » accompli.7 milliards à se chercher à travers le regard de l’autre. 7 milliards atteints de cette corpulence du moi.

Or, pendant qu’«elle», de ce côté-ci de la planète, écrit ses états d’âme en 140 caractères, lui, au loin là-bas, «il» travaille comme un forcené pour pallier au manque de fonds de sa famille. Il n’a que huit ans et il a dû lâcher l’école. Oui, il se cherche aussi à travers l’autre. Mais «elle» et «il» peuvent-ils vraiment se rencontrer dans leur quête d’eux-mêmes?

7 milliards d’être éparpillés. 7 milliards d’égos, les uns plus gonflés, les autres plus asséchés.

Et si l’Occidentale publicise son image via les réseaux sociaux, cultivant son culte de la personnalité, version 2011, elle est convaincue qu’elle a le contrôle sur l’étendue de son image. Bien qu’elle publie sur le web des photos d’elle régulièrement, qu’elle écrive où elle est, à quelle heure et avec qui, elle refuse obstinément de se faire prendre en photo par un inconnu, soit-il photographe, reporter ou simplement curieux. Elle accepte de se faire impunément «taguer», mais holà, pas question de la prendre en photo dans un lieu public!

Et plus on s’enfonce, et plus on se morfond dans son singulier. La dépendance au «moi», probablement la dépendance par excellence de cette fameuse ère du 2.0. C’est dans ce dédoublement pronominal que s’installent toute forme de dépendance.

7 milliards d’êtres d’humains, ça fait beaucoup de «je» qui ne s’accordent pas toujours. Pour cette première édition de l’année 2011-2012, l’Esprit Simple s’est armé de masques à gaz, explorant les confins et travers de tous ces petits «moi».

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