Arbitrage et reprise vidéo: Une réalité lointaine

vendredi 8 novembre 2013 2:00

Illustration: Isabelle Langlois

Les reprises vidéos sont une technologie qui est encore loin dans l’esprit de la FIFA et de plusieurs arbitres de soccer de tous niveaux.

Par Laurence Monarque

La reprise vidéo est une technologie qui a changé la donne dans la majorité des sports. Pourtant, un sport résiste encore et toujours à l’envahisseur technologique, le soccer. Malgré l’opposition de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), les  reprises vidéo peuvent soulager les arbitres d’une partie du fardeau et du stress des mauvaises décisions.

Dans une partie de soccer de niveau professionnel, un officiel sera l’auteur d’environ 137 interventions, soit une moyenne de 1,5 intervention par minute. Babs Surujlal, professeur de recherche en gestion sportive à la Vaal University of Technology d’Afrique du Sud, affirme que «les arbitres doivent prendre des décisions en très peu de secondes et en prenant  compte d’un nombre élevé de variables», dans son étude sur l’introduction de la technologie dans le soccer.

Ces constantes prises de décisions engendrent un grand stress chez les arbitres.  Plusieurs études sur le travail des arbitres ont démontré que ce qui les affecte le plus est la peur d’échouer et de faire des erreurs. L’incertitude n’a pas de place dans le monde du sport, les erreurs d’arbitrage étant des instigateurs d’agressions verbales et psychologiques envers les officiels.  Ceux-ci doivent donner l’impression que leur décision est correcte et juste. Toutefois, la situation dégénère parfois. Arianne Coderre, arbitre de niveau AAA au provincial, mentionne «qu’une amie, arbitre elle aussi, a été obligée d’appeler la police après un match parce que les joueurs menaçaient de la battre.»

Les premières traces d’utilisation de la reprise vidéo instantanée remontent au milieu des années 1960, avec les matchs de football télévisés.  La première organisation à officiellement entériner dans ses règles la reprise vidéo est la défunte Ligue de football des États-Unis en 1985.  Elle pavera cependant la voie à la NFL qui introduira le concept l’année suivante.  La LNH joindra le bal en 1991, suivie de la NBA en 2002 et de la Ligue majeure de baseball (LMB) en 2008.

L’utilisation de la reprise vidéo n’est pas systématique dans tous les sports. Aujourd’hui, dans la LNH, les vidéos sont utilisés par les arbitres seulement pour déterminer la validité d’un but marqué. La décision d’aller en reprise vidéo est laissée à leurs bons soins. Quant au football américain, les utilisations sont plus larges et sont déterminées par les arbitres qui décident ce qui est admissible à la reprise, à la demande des entraîneurs.  Ceux-ci ne disposent que d’un nombre limité de demandes par match pour éviter les abus.

Certains officiels hésitent à intégrer les technologies dans un monde traditionnel et sous haute pression.  Un arbitre américain de football, Tim Sloan, s’interroge à propos de l’utilisation de la technologie. «Et si la vidéo montre que j’ai pris la mauvaise décision dans la situation?»

La FIFA ne bronche pas

La FIFA refuse toujours d’introduire les reprises vidéo. Selon elle, les vidéos ne sont pas parfaites à 100%, compte tenu du fait que les décisions des arbitres sont prises selon leurs propres interprétations des différentes situations.  Les technologies dérangent également certaines personnes, interrogées lors d’une étude menée par Tamba Nlandu en décembre 2012, qui affirmaient qu’elles briseraient le rythme du jeu.  Il semble qu’il n’y aura jamais de consensus entre les joueurs, les entraîneurs et les spectateurs, car la décision sera vue différemment selon leur perception.

L’implantation de la reprise vidéo instantanée n’est pas encore dans les plans de la FIFA.  La seule concession accordée par cette organisation est la technologie de la ligne de but, qui ne servira qu’à déterminer si le ballon a complètement dépassé la ligne, condition nécessaire pour l’accorder selon les règles du jeu de la FIFA.  Elle sera en action pour la première fois lors de la Coupe du monde de soccer en 2014.  Les études effectuées par l’Université Stirling, en Grande-Bretagne, sur l’efficacité d’une telle technologie au niveau des décisions évoquent la possibilité que les arbitres deviennent dépendants des technologies. Ces derniers ne seraient plus aussi alertes qu’auparavant, une affirmation que rejette Arianne Coderre.

Parmi les solutions de rechange à la technologie de la ligne de but, la très grande majorité des arbitres de soccer interrogés lors de l’étude menée par le professeur Surujlal ont déclaré préférer l’ajout d’officiels supplémentaires, plutôt que l’introduction de technologies.  Celles-ci, autres qu’une reprise vidéo, ne permettent que de préciser certaines situations de jeu, comme la validité d’un but.

Le soccer ouvre petit à petit ses frontières aux avancées technologiques, déjà présentes dans les autres sports et capitulera peut-être un jour devant l’envahisseur.

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