Tourisme chez les Amish: Au pays du voyeurisme

dimanche 10 novembre 2013 12:35

Photo libre de droits

Les Amish de Lancaster suscitent un engouement touristique sans précédent. Les villages voisins en profitent pour commercialiser leur culture, devenue rien de moins qu’un produit.

Par Florence Breton

Sur la rue principale, des troupeaux de visiteurs envahissent le petit commerce du coin, pendant que d’autres se pressent sur les habitants de la ville afin de les prendre en photo. Lancaster, le Hollywood de Philadelphie, reçoit des touristes bien curieux de s’immiscer dans le quotidien des Amish. Ce peuple marginal est constamment confronté à cette tendance touristique, contrairement à ses semblables ontariens qui réussissent à protéger leur économie locale.

Alain Bouchard, sociologue des religions à l’Université Laval, explique que les communautés amish elles-mêmes ne tirent pas profit de l’engouement qu’elles suscitent. Les plus orthodoxes de cette communauté protestante évitent tout contact avec la population extérieure. Les boutiques, les auberges et les restaurants qui accueillent de nombreux voyageurs ne seraient donc pas toujours l’œuvre des Amish, mais plutôt des villages avoisinants. «Les communautés autour se sont adaptées pour accueillir les touristes. Elles essaient de tirer profit de la situation. Par exemple, à Lancaster, on retrouve des outlets», constate le sociologue. Ces magasins d’usine sont présents dans la ville depuis plus de dix ans.

Du côté de l’Ontario, le comté d’Elgin est le domicile d’une importante population amish. La coordonnatrice des communications et du marketing de la région, Katherine Thompson, explique que les Amish de ce village sont amicaux et qu’ils accueillent les touristes lorsqu’ils viennent acheter les produits de la ferme qu’ils ont à vendre. N’espérez pas une visite guidée du village si vous ne voulez pas de leurs patates! Si ce n’est pas pour faire affaire avec eux, les Amish deviennent plus réticents. Ils ne veulent pas être considérés comme une attraction que les hordes de touristes viennent prendre en photo, d’autant plus que cela viole le code de vie auquel ils obéissent. La situation est semblable au village de St-Jacob. «Je pense que la plupart des Amish apprécient les bénéfices économiques, même si par moment ils reçoivent plus d’attention qu’ils ne le voudraient», remarque Jenny Shantz, employé au village de St-Jacob.

Les Amish sont reconnus pour s’opposer à toute évolution technologique. Avec le développement touristique des dernières années, cet aspect de leur mode de vie a changé. Alexandra Desrochers, étudiante en journalisme à l’UQAM, a visité le village amish de Lancaster et est allée dans certains commerces. «Les jouets, c’était sensiblement la même chose qu’au Walmart, se souvient-elle. Il y avait même des objets qui modifiaient la voix et des lunettes pour voir derrière soi». Alexandra a même été accueillie par une mascotte. Maylee Fiset, étudiante en kinésiologie à l’Université Laval, s’est aperçue de cette commercialisation de la culture amish lors de son voyage l’été dernier. Elle décrit Lancaster comme un «mini centre-ville» avec des maisons, des hôtels, des restaurants et des commerces.

Attraction payante

Les agences de voyages profitent de l’engouement pour la culture amish aux États-Unis et proposent des voyages organisés à leur clientèle. «Quand nous faisons le circuit à Philadelphie, nous offrons une journée chez les Amish. Un guide touristique local va diriger les voyageurs avec une promenade en campagne, une visite d’une maison typique amish ainsi qu’un dîner dans un restaurant qui reprend leur nourriture», informe Magalie Vézina de Groupe Voyages Québec. Chaque année, le voyage qu’ils offrent est très en demande et attire une large clientèle, ajoute-t-elle.

Aux États-Unis, avec toute cette action dans leur village, les Amish subissent une pression sociale, si bien que certains adaptent quelques aspects de leur mode de vie, tel que l’illustre Alain Bouchard. Par exemple, lorsque le garçon atteint l’âge de 16 ans, on lui permet de vivre ses propres expériences. Il peut aller en ville, s’habiller comme il le désire, boire de l’alcool. Il peut ainsi transgresser les règles de sa communauté. «Après cela, le jeune homme doit faire un choix : est-ce que tu veux continuer comme ça ou bien tu préfères revenir dans la communauté? Ce sont 90% qui reviennent dans leur village, étant complètement perdus dans la société extérieure», note Alain Bouchard. Chez les plus libéraux, ajoute le spécialiste, on abandonne les carrioles au profit de la voiture, une autre conséquence de la pression extérieure.

En Ontario, les communautés sont plus orthodoxes et n’adaptent pas leur mode de vie en fonction de la société moderne. Les Amish n’utilisent pas de voiture et d’électricité, confirme la coordonnatrice du marketing et assistante au développement économique de la Ville d’Aylmer, Rebekah Waite.

Si certaines communautés en arrivent à assouplir leur mode de vie car ils ne pouvent ignorer l’évolution de la société extérieure, d’autres évitent l’envahissement dont ils sont victimes. «Les Amish sont devenus une attraction touristique, signale Alain Bouchard. Chez les plus orthodoxes d’entre eux, il y en a qui ont commencé à quitter la région, parce qu’ils sont tannés d’être des attraits touristiques».

2 Comments

  • Denise Richard

    J’ai trouvé cet article très intéressant. J’ai appris beaucoup de choses sur la situation actuelle des Amish.

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