Nouvel essor pour les friperies: Au coeur des «fripes»

dimanche 10 novembre 2013 4:08

Crédit photo: Alexandre Graton

Que ce soit pour les habits de tout acabit, les prix d’ami, l’effervescence de tendances ou la logique écologique, les friperies gagnent à être connues.

Par Béatrice St-Cyr-Leroux

Robes de soirée, costumes d’Halloween, manteaux de fourrure, jupes à carreaux, tricots fleuris, bottes de cowboy et vestes en jeans : les possibilités d’achats dans une friperie sont infinies. À la fois courues pour leurs côtés économique et écoresponsable, ces boutiques qui donnent un second souffle unique aux vêtements abondent dans la métropole.

«L’objectif des friperies est de combler un manque et d’acquérir une certaine sécurité vestimentaire», précise le professeur en sociologie à l’Université du Québec à Montréal, Jean-Marc Fontan. Selon lui, le processus d’appauvrissement de la population pousse un nombre croissant de gens à visiter les friperies pour se vêtir. Ces commerces ont donc pour but premier de servir ceux dans le besoin. Depuis quelques années toutefois, ils ont gagné leurs lettres de noblesse. «Heureusement, la stigmatisation envers les personnes défavorisées est moins grande qu’avant, ce qui réduit les jugements négatifs quant aux friperies», constate-t-il.

Au-delà du prix, nombreux sont ceux qui les fréquentent pour l’abondance de morceaux rétro ou vintage. «Puisque la mode est un éternel recommencement, il n’est pas étonnant d’assister au retour de l’engouement pour les vestes à épaulettes ou les robes col Claudine», explique la responsable vintage à la friperie La Gaillarde, Véronique Massé. Selon elle, les friperies sont des repaires pour ce type de vêtements puisque les dons des citoyens sont généralement des morceaux indésirables trouvés au grenier, considérés comme démodés. «Ces pièces authentiques font le plus grand bonheur des chasseurs de tendances», s’exclame-t-elle.

D’après Véronique Massé, fréquenter ces boutiques de vêtements d’occasion peut être une manière d’affirmer ses convictions idéologiques. «Faire ses achats dans les friperies semble devenir peu à peu un acte éthique visant à refuser la consommation de masse et à réduire son impact sur l’environnement», remarque-t-elle. La Gaillarde, située dans le quartier Saint-Henri de Montréal, met ainsi l’accent sur un principe de consommation durable et responsable. Cette boutique, considérée comme un organisme à but non lucratif, vend des vêtements offerts par les clients et des dons provenant d’un centre de tri spécialisé pour ce type d’entreprise. «Magasiner ici rend l’acte de consommation moins dégoûtant, car on n’alimente pas la surconsommation, affirme Marine, une habituée de la boutique. Ça fait plaisir de ne pas être obligé d’aller dans des commerces de grande surface où la musique est trop forte et où il n’y aucune diversité.»

Selon la responsable vintage, cette friperie appuie fortement la mode québécoise en proposant des morceaux créés par des designers locaux afin de refuser la consommation de masse encouragée par les multinationales. «Nous sommes de plus en plus intégrés dans ces géants de l’industrie, surtout pour les achats primaires», rappelle Jean-Marc Fontan.

La Gaillarde possède également une section «écodesigner» regroupant des créations recyclées et faites au Québec. Aux yeux de Véronique Massé, il existe une belle créativité dans la province. «C’est novateur et les matériaux sont intéressants et variés», souligne-t-elle, fière de redonner vie à ces morceaux. Elle souhaite ainsi se dissocier des boutiques de vêtements traditionnelles en misant sur des idéaux écologiques et équitables.

Le concept de la friperie Eva B, située sur la rue St-Laurent, se base sur des principes semblables. Cette boutique désire sensibiliser les gens à la consommation responsable et promouvoir la mode éthique. «On ne veut pas faire de propagande, mais on explique à nos clients que les vêtements usagés sont plus durables et plus écologiques que ceux provenant des commerces traditionnels», fait valoir une employée, Catherine.

Au-delà de la forte volonté écologique et engagée, les friperies sont également courues pour leur côté ludique. «Visiter ce type d’établissement confère un certain plaisir, puisqu’il y a une recherche à faire une fois sur place», souligne Marine. Selon une cliente régulière d’Eva B, Valérie Cossette, «les friperies présentent un éclectisme sans pareil». Pour Véronique Massé, ces entrepôts de vêtements d’occasion sont «de vraies cavernes d’Ali Baba». À son avis, une majorité des clients achetant fréquemment dans ce type de boutique rejettent les commerces dits «normaux» en raison de leur uniformité et de leur manque d’originalité.

Afin de trouver le morceau désiré, il faut explorer un brin, faire de l’archéologie et parfois même littéralement plonger dans une piscine de vêtements, comme chez Eva B. «L’achat devient une action plaisante en soi, ce n’est pas comme dans les magasins traditionnels où tout est trop bien rangé et sans surprise», affirme Valérie Cossette. Pour elle, la popularité des friperies réside dans leur singularité et le plaisir de plonger, tête première, à la recherche du morceau parfait.

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