Villages abandonnés: Les ruines d’un village clandestin

lundi 11 novembre 2013 5:00

Crédit photo: Catherine Paquette

Les résidents des alentours de la Pointe de Moisie attendent le nettoyage du site abandonné, un an après l’expulsion d’occupants illégaux.

Par Catherine Lamothe

Jules Tremblay réside à Moisie, petit village situé à l’Est de Sept-Îles, depuis maintenant plusieurs années. Chaque jour, l’homme doit composer avec la vue d’une partie de son village ravagée, vandalisée. «C’est vraiment pas beau à voir!», déplore-t-il. Pendant 25 ans, des centaines de personnes ont occupé illégalement le site de la Pointe de Moisie, partie étroite de ce village fermé en 1967 à la suite d’inondations.

À l’été 2012, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec a finalement procédé à l’expulsion. Si les squatteurs ont finalement quitté les lieux, la Pointe a des airs de zone sinistrée et les habitants comme Jules Tremblay se demandent ce qu’il adviendra de cette partie de leur village.

Les habitants illégaux de la Pointe de Moisie vivaient pour la plupart dans des habitations de fortunes : cabanons et vieilles roulottes servaient entre autres de logis à ces quelques 147 personnes. Ces occupants, Septiliens et Innus, vivaient depuis des années à l’abri de toute loi municipale, sans aucune taxe à payer, bombardés d’avertissements d’expulsions qui tardaient à être mis à exécution.

Les démarches pour renvoyer les squatteurs sont toutefois du ressort du ministère des Ressources naturelles et non de la Ville, rappelle la conseillère en communication à la Ville de Sept-Îles, Émilie Bruneau. Le village de Moisie est bel et bien fusionné à Sept-Îles depuis 2003, mais le site de la Pointe appartient au ministère des Ressources naturelles. «Depuis la fusion, la municipalité avait entrepris plusieurs démarches auprès du ministère pour expulser les gens, mais ils étaient situés sur un terrain qui n’était pas sous juridiction municipale», déclare Émilie Bruneau pour expliquer le peu de latitude de la ville dans le dossier.

Au ministère, on assure avoir travaillé de pair avec la municipalité de Sept-Îles dès 2003 pour déloger les squatteurs. La conseillère en communication et en sécurité civile au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Julie Richard, a toutefois du mal à expliquer que l’avis d’expulsion n’ait été émis qu’en 2012. «Le ministère a cherché une situation satisfaisante pour tous», dit-elle vaguement. Elle ajoute que le ministère a privilégié une approche de concertation à la fois avec la municipalité de Sept-Îles et le conseil Innu local, l’Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM). Les squatteurs, avertis par la municipalité et le ministère, savaient pertinemment ce qui les attendait.

Un ménage tardif

Toutefois, si les occupants ont bien fini par quitter la pointe, la majorité d’entre eux a presque tout laissé au moment de l’expulsion. «Ça ressemble à un dépotoir!» s’indigne Jules Tremblay. Depuis l’automne, l’homme assiste à beaucoup de vandalisme sur la pointe de Moisie. «Il y a beaucoup de gens qui vont sur le site et qui brûlent les débris. C’est plein de résidus brûlés», réprouve-t-il.

Selon lui, un ménage doit être fait, mais encore une fois la Ville a peu de pouvoir d’action. «C’est au ministère de faire le nettoyage du site », signale Émilie Bruneau. Le ministère affirmait d’ailleurs cet été vouloir procéder au nettoyage de la Pointe le plus rapidement possible. «On souhaite toujours faire des travaux de nettoyage. Ça devrait être fait en novembre», mentionne Julie Richard. Elle refuse toutefois de divulguer l’estimation des coûts liés au nettoyage du site.  Pour Jules Tremblay, difficile de croire ces affirmations. «C’est plutôt des gros parleurs petits faiseurs. Rien n’a bougé depuis l’été et on est rendus presque  en hiver», dénonce le résident.

Ce qui se passe ailleurs

Moisie n’est pourtant pas le premier village québécois à être été contraint de fermer pour des raisons de sécurité ou d’économie. Le village de Val-Jalbert, au Lac-Saint-Jean, a lui aussi été déserté après la fermeture de son usine de pâtes et papiers. Caroline Marcoux, historienne du Village historique de Val-Jalbert, explique que la création du site touristique découle d’un mouvement pour sauver le patrimoine de Val-Jalbert. «On se rendait compte que des gens venaient à Val-Jalbert en cachette, souligne-t-elle. Certaines maisons étaient brisées et on voulait trouver un moyen de sauver les bâtiments.» La création du Village historique de Val-Jalbert a non seulement permis de donner un nouveau souffle au site abandonné, mais aussi d’encourager l’économie touristique locale.

Une restauration de la Pointe de Moisie serait peut-être une option pour sauver la richesse naturelle du site, comme cela a été le cas pour Val-Jalbert.  Julie Richard n’est toutefois pas en mesure de se prononcer sur la vocation du site de la Pointe de Moisie dans le futur. «Par contre cette terre demeure disponible dans le cas où un projet de développement serait déposé auprès du ministère», fait-elle savoir.

En attendant, Jules Tremblay assiste impuissant au spectacle de la Pointe qui croule sous les décombres.

1 Comment

  • holygrail

    Si ces gens se l’approprie c’est souvent parce qu’ils n’ont pas le choix…qu’ils vivent sans payer mais en travaillant la terre, qu’est ce que cela peu foutre?

Leave a reply

required

required

optional