Conflit israélo-palestinien: Une Palestine assoiffée de justice

jeudi 16 janvier 2014 2:00

Illustration: Isabelle Langlois

Dans ce conflit aux allures d’un affrontement entre David et Goliath, l’eau est l’enjeu d’une discorde de laquelle la Palestine sort perdante.

Par Alexandre Couture

Près de deux décennies après les accords d’Oslo II pour la résolution du conflit israélo-palestinien, la situation de la distribution des ressources naturelles attise toujours les tensions entre Israël et la Palestine. Denrée rare dans la région, l’eau est distribuée de façon très inégale entre les populations du Proche-Orient. Contrôlé par le gouvernement de Tel-Aviv, l’apport en eau des Palestiniens est quatre fois inférieur à celui des Israéliens.

Si ces accords historiques de 1995 entre le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin et le chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, présageaient une résolution du conflit, cette richesse limitée est toujours matière à discorde au Proche-Orient. «Israël prend contrôle des terres avec l’installation de colonies et des règles qui empêchent les Palestiniens d’exploiter leur propre eau», explique le professeur de sociologie à l’UQAM, Rachad Antonius. Selon lui, avec les restrictions imposées sur l’eau en Cisjordanie, Israël s’attaque directement au seul gagne-pain des Palestiniens, l’agriculture. «Les quelque sources d’eau disponibles pour les communautés palestiniennes ont été surexploitées. Pour cette raison, ils n’en retirent que de l’eau salée. Cette situation les pousse à émigrer vers des régions déjà surpeuplées», précise le professeur.

Du côté d’Israël, le gouvernement se défend de vouloir utiliser la gestion des ressources d’eau comme arme politique. Selon le professeur d’hydrologie à l’Université Hébraïque de Jérusalem, Haim Gvirtzman, les Palestiniens ont violé les accords d’Oslo avec la construction de puits illégaux, ce qui a contaminé les nappes phréatiques. «Les méthodes palestiniennes sont archaïques et engendrent des pertes considérables d’eau», ajoute-t-il. Spécialisé dans la gestion des ressources naturelles, Haim Gvirtzman croit que la différence d’utilisation d’eau entre les Palestiniens et les Israéliens s’est réduite depuis le début du conflit et est maintenant négligeable malgré ces pertes d’eau.

Selon un rapport d’Amnistie Internationale publié en 2009, quelque 200 000 Palestiniens n’ont pas accès à l’eau courante. Un Palestinien doit vivre avec 70 litres par jour en comparaison de 300 litres pour un Israélien, selon un document intitulé Troubled Water: Palestinians denied fair access to water, qui compare l’utilisation de l’eau par les deux pays. C’est une preuve de plus de la partition disproportionnée d’eau dans la région pour Rachad Antonius.

D’après Amnistie Internationale, la situation est particulièrement problématique pour la bande de Gaza où 90 % de l’eau est contaminée et insalubre. Gaza manque de ressources financières et matérielles pour réparer les infrastructures nécessaires au traitement de l’eau en raison d’un blocus imposé par Israël. Selon le rapport Goldstone de l’Organisation des Nations unies, plusieurs attaques auraient visé des installations d’eau en Palestine durant l’opération Plomb durci en 2008. Une thèse rejetée par l’armée israélienne: l’opération ciblait une menace terrorisme et non les civils, a rappelé le gouvernement.

Toujours dans l’impasse

Si les Nations unies condamnent l’annexion des territoires palestiniens, l’organisation ne peut pas forcer Israël à s’en retirer, croit le politicologue américain Norman Finkelstein.

«Il y a une injustice majeure qui ne peut pas être résolue dans la négociation face à face, car le rapport de force entre les deux pays est trop inégal», explique l’auteur de plusieurs livres sur le Moyen-Orient. Selon le spécialiste, la résolution du problème palestinien passe forcément par la question du partage de l’eau. «Lorsque ce problème sera résolu, les deux partis pourront avancer dans le processus de paix, mais pour l’instant, c’est impensable», ajoute-t-il.

Dix-huit années ont passé depuis le dernier accord entre les deux pays antagonistes et le statu quo règne. D’après Norman Finkelstein, la question du partage de l’eau doit être résolue le plus rapidement possible puisque la survie des populations de Cisjordanie en dépend. «Dans tous les cas, une chose est sûre et certaine, conclut-il. Beaucoup d’eau passera sous les ponts du Jourdain avant que le conflit israélo-palestinien ne se règle définitivement.» 

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