La peur bleue de l’agent orange

vendredi 17 janvier 2014 9:30

Crédit Flickr: Dark Worf 228

Des Canadiens découvrent que leur travail d’été dans les années 50 a des répercussions sur leur santé et celle des prochaines générations.

Par Andrea Valeria

Plusieurs travailleurs forestiers sont sous le choc lorsqu’ils apprennent leur diagnostic. Les pesticides qu’ils ont appliqués sur les terres canadiennes dans leur jeunesse étaient beaucoup plus nocifs qu’ils ne le croyaient. L’agent orange affecte gravement leur santé: cancer, leucémie, parkinson, la liste est longue. Pris au dépourvu, le gouvernement de Stephen Harper et le gouvernement ontarien mettent en place des mesures qui sont loin d’être à la hauteur.

L’Académie nationale des sciences aux États-Unis (IOM) affirme que la leucémie lymphoïde chronique, le sarcome des tissus mous, le lymphome non hodgkinien, la maladie de Hodgkin et la chloracné sont toutes des maladies faisant partie des répercussions directes des pesticides. Elles sont rares et difficilement traitables. Parmi les répercussions moins intimement liées avec le pesticide se retrouvent plusieurs cancers, le parkinson et l’hypertension. «Ce sont toutes des maladies difficilement curables, qui peuvent bouleverser une vie», soutient la médecin de famille Myriam Torres Ballen. Selon Carol Brown Parker de l’Association canadienne de l’agent orange, «l’agent orange change ton ADN et peut avoir des effets sur les dix générations suivantes. Plusieurs personnes avec qui j’ai grandi sont mortes dans les années 50 et 60», insiste-t-elle. Carol Brown Parker était une enfant lors de la propagation de pesticide sur le territoire de Gagetown.

À la suite de la parution d’un article dénonçant la situation en Ontario par le Toronto Star, un groupe d’experts indépendants ontariens a fait le point sur la propagation de l’herbicide 2,4, 5-T (l’agent orange) de 1947 jusqu’à 1979. Le gouvernement de l’Ontario a mis à la disposition des citoyens des formulaires de plaintes pour les personnes qui pensent être victimes du pesticide à la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail.

«En 2006, le premier ministre Stephen Harper s’est engagé à tenir la promesse de dédommager toutes les victimes de la vaporisation de l’agent orange à Gagetown», raconte Carol Brown Parker. Cependant, selon un article publié sur le site web du caucus libéral, seulement les deux tiers (96 millions) du budget initialement attribué est allé aux victimes et de cet argent, 8 millions de dollars ont été investis en coûts administratifs. Le reste a été réabsorbé dans les coffres du gouvernement fédéral.

 L’agent orange, découvert dans les années 40 par des chimistes de Monsanto et de Dow Chemical pour le département de la Défense des États-Unis, a été propagé sur des terres à Kapuskasing, en Ontario et à Gagetown, au Nouveau-Brunswick. «Ils engageaient entre 350 et 400 étudiants du secondaire pour travailler dans les champs», explique Carol Brown Parker. 30 ans après la fin des épandages, on ressent encore les effets néfastes de l’agent orange et si la consternation a remplacé l’ignorance, la crainte est loin de disparaître en Ontario.

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