L’identité secrète d’Hugolin Chevrette

vendredi 17 janvier 2014 5:00

Crédit photo: Khaos

Peter Parker, Nelson Muntz et Sam Wickity ont un point commun: derrière leur voix québécoise se cache le doubleur Hugolin Chevrette.

Par Nicholas De Rosa

La passion qui enflamme Hugolin Chevrette semble inépuisable, que ce soit un nouveau projet de doublage ou une compétition sportive. Doubleur polyvalent, il n’hésite pas à parler franchement de l’industrie qui entoure sa passion. Portrait d’une célébrité au visage méconnu.

Né de parents marionnettistes en 1977, Hugolin Chevrette a depuis toujours baigné dans le domaine artistique. Dès l’âge de onze ans, il figure dans des pièces de théâtre et vit une période formatrice pour sa future carrière. Entre temps, le Montréalais a participé à plusieurs projets cinématographiques québécois, dont Simon les nuages. En 1994, il découvre son amour pour le doublage après qu’un collègue lui ait suggéré de se lancer dans ce métier qu’il occupe maintenant depuis près de vingt ans.

Brouiller les lignes

Le marché du doublage au Québec est restreint. «C’est un milieu qui est très fermé. Il y a beaucoup de protectionnisme, tout le monde pense à sa peau. Ça crée un climat qui n’est pas nécessairement sain», avoue Hugolin Chevrette. Pour les doubleurs moins connus, la situation est plus ardue. «Hugolin travaille énormément. Il sentira beaucoup moins les effets d’une économie faible que d’autres doubleurs. Pour eux, vivre uniquement du métier est difficile», explique le doubleur Philippe Martin, qui incarne les voix québécoises de Bradley Cooper et d’Emile Hirsch.

Pour Hugolin Chevrette, le doublage demeure tout de même une passion plutôt qu’un gagne-pain. Soucieux de la qualité de ses performances, il irrite occasionnellement ses directeurs de plateau en remettant en question leurs directives. «Il y a deux ans, je me suis fait dire qu’au prix que je suis payé, je devrais fermer ma gueule et dire mes lignes. Je ne ferai pas ça, insiste-t-il. Je peux travailler gratuitement si ça veut dire que je peux bien faire mon travail. Je le fais par amour.» Philippe Martin en a été témoin. «Il est très combattif, mais c’est pour mieux faire comprendre son travail qu’il fait ça, explique-t-il. Certains directeurs trouvent qu’il va trop loin, mais c’est un collègue tout à fait charmant qui cherche toujours à s’améliorer.»

Plusieurs directeurs sont très concernés par la synchronisation des lèvres des acteurs à l’écran avec les syllabes des phrases traduites, explique Hugolin Chevrette. L’émotion dégagée et le sens des phrases devraient plutôt primer à ses yeux. «Si l’intention n’est pas juste et n’est pas sentie, on verra que la traduction ne fonctionne pas avec la bouche. Si l’intention et l’émotion concordent avec les yeux de l’acteur, ça marche beaucoup mieux!», s’exclame-t-il. Selon lui, il faut arrêter de penser au côté technique du doublage et plutôt incarner un personnage. Trop de doubleurs tombent dans une routine au lieu de viser le dépassement de soi, pense-t-il. «Le rythme de travail a beaucoup augmenté ces dernières années en raison de la pression des majors [grosses maisons de production] américains. Les directeurs se contentent d’un doublage de bonne qualité, mais qui pourrait être meilleur», précise Philippe Martin.

De corps et de ventre

À l’extérieur de sa vie professionnelle, Hugolin Chevrette consacre la majorité de son temps à pratiquer divers sports. Il a été adepte de motocross et de vélo de piste au cours des récentes années. Il a également pris part à plusieurs concours de culturisme. Même si cette discipline implique un strict contrôle de l’alimentation, se nourrir semble presque être un art pour Hugolin Chevrette. «Je mange cinq repas par jour, tous les jours, lance-t-il entre deux bouchées. Si on demande à quelqu’un ce qu’il pense de moi, il dira que tout ce que je fais c’est manger. J’adore ça», lance-t-il, tout sourire.

Devenu père en janvier, Hugolin Chevrette sait qu’il devra mettre les bouchées doubles dans sa vie familiale sous peu. Il veut consacrer son temps à former son enfant pour bien vivre en société. «Je veux que mon fils tende la main à l’autre et non qu’il l’écrase», explique-t-il. Pour lui, il est trop commun de voir des personnes qui ne pensent qu’à eux sans se soucier d’autrui ou du monde de demain. Il se décrit comme quelqu’un qui valorise l’humanisme et l’altruisme, des valeurs qu’il espère d’ailleurs pouvoir inculquer à son fils.

Hugolin Chevrette voudrait occuper son métier pour toujours, mais si l’industrie du doublage ne voulait plus de lui, il envisage déjà quelques scénarios. Il considère entre autres écrire un spectacle d’humour qui traiterait de son identité franco-québécoise et de la dualité de ses origines. «J’aime beaucoup l’humour, c’est une belle drogue qui ne coûte pas très cher», dit-il, un sourire au coin des lèvres.

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Les multiples identités d’Hugolin Chevrette

 Hollywood

– Peter Parker/Spider-Man (trilogie Spider-Man, 2002-2007)

– Sam Wickity (trilogie Transformers, 2007-2011)

– Po (Kung Fu Panda 1 &2, 2008-2011)

– John Blake (The Dark Knight Rises, 2012)

 Séries télévisées

– Bobby Hill (Henri pis sa gang, 1997-2010)

– Nelson Muntz (Les Simpson, 2000-présent)

– Johnny Test (Johnny Test, 2005-présent)

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