Boîte à secrets

vendredi 17 janvier 2014 6:50
Bergahin, boîte à secrets - Esprit Simple - Culture

Crédit Flickr Juska Wendland

Reconnu comme une des boîtes de nuit les plus sélectives de Berlin, le Berghain, qui n’ouvre ses portes qu’à certains privilégiés, a su créer un véritable marché touristique autour de lui.

Par Francis Pilon

D’apparence sulfureuse, le Berghain est entouré de grillages métalliques et de murs d’une hauteur interminable. À l’intérieur, la lumière du jour ne pénètre jamais et il est interdit de filmer et de photographier. Intrigués, des milliers de touristes se rendent en sol berlinois pour fêter le temps d’une fin de semaine dans la mythique boîte de nuit.

Des centaines de Parisiens s’envolent de la France vers Berlin durant quatre à cinq jours pour s’amuser dans ce bar mystérieux. «Ce qui se passe là-bas y reste», témoignent Tim Christmann et Théodore Dutard, étudiants étrangers à l’UQAM. Selon le site Rue89, ces touristes «EasyJet-Setters» ont contribué à augmenter de 25 % le nombre de tickets d’entrées vendus dans les clubs de la capitale allemande durant l’hiver 2011. «Ça ne me coûte rien, témoigne Théodore Dutard, c’est 35 euros pour un aller-retour!» La plupart des fêtards économisent sur les chambres d’hôtel puisqu’ils dorment dans le club lui-même. «Les gens entrent dans le bar le vendredi et repartent le lundi en après-midi», explique Tim Christmann, originaire d’Allemagne.

«Même si Berlin est reconnue pour sa multitude de boîtes de nuit, le Berghain est la destination de choix pour les touristes», affirme Tim Christmann. Il possède une réputation mondiale pour être la boîte avec le meilleur son au monde, grâce à des technologies avant-gardistes et les meilleurs DJ électro-technos mondiaux qui y passent semaine après semaine. «Mais la sonorité est loin d’être le seul facteur marquant lorsqu’on y pose les pieds», ajoute le jeune Allemand.

Le Berghain est sous les feux de la rampe grâce à sa réputation sulfureuse. C’est un véritable casse-tête d’y accéder. «Les files d’attente de deux heures sont coutumes, surtout à quatre heures du matin», partage Théodore Dutard. L’étape la plus complexe à franchir est une sélection très stricte pour pénétrer dans cette boîte à secrets. «Ils demandent souvent qui est le DJ ce soir et si tu ne connais pas la réponse, tu peux faire demi-tour», raconte Tim Christmann

Aucun critère relié à l’habillement, l’âge, l’origine ou l’humeur n’assure l’accès à cette porte après avoir fait le pied de grue pendant des heures. «L’idéal, c’est d’être un petit groupe équilibré en genre et en nombre», suggère le Parisien. Tout dépend de l’humeur du portier qui garde la porte de cette légende de la vie nocturne berlinoise. Une fois à l’intérieur, l’inspection commence. «Des gardes se tiennent à l’entrée pour te fouiller, comme si tu venais de te faire arrêter», ajoute Tim Christmann. Leur but est de dénicher tout objet qui pourrait photographier ou filmer ce que les clients tentent de camoufler.

À l’intérieur de la boîte, tout s’articule pour satisfaire une clientèle libertine et exhibitionniste. «Les échanges sexuels ne sont pas rares, fait remarquer Théodore Dudard. Les toilettes sont unisexes, il y a de nombreuses chambres noires munies de rideaux et une piste de danse au sous-sol très sombre.» Selon Tim Christmann, si certains y vont pour vivre l’histoire d’une soirée avec un total inconnu, nombreux sont ceux qui s’y présentent seulement pour les observer. En fait, le hasard n’a rien à voir avec l’interdiction des appareils numériques. Le Berghain conserve ses secrets pour que son public puisse être libre, sans faire la Une de l’actualité.

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