Migrants sans couverture médicale: La clinique des laissés-pour-compte

samedi 18 janvier 2014 9:30

Crédit photo: Flickr, Pierre-Olivier Fortin (Photo de L’Hôtel-Dieu de Québec).

Maladies chroniques, anxiété, peur constante d’être attrapés par le système d’immigration pour être déportés dans leur pays d’origine: les migrants sans statut légal vivant au Québec sont vulnérables. Ne bénéficiant pas de couverture médicale, la plupart n’ont nulle part où aller lorsqu’ils ont besoin de soins médicaux.

Par Catherine Lamothe

Selon la gestionnaire des interventions locales de Médecins du Monde, Véronique Houle, les migrants sans statut légal se retrouvent souvent à la rue, sans aucune aide financière ou médicale du gouvernement. «Souvent, ces personnes se ramassent à l’hôpital dans de sales positions, relate-t-elle. Ils se retrouvent avec des maladies chroniques et des factures astronomiques pour les soins reçus, parce qu’ils ont attendu très longtemps avant d’aller consulter et qu’ils n’ont pas de couverture médicale».

L’organisme Médecins du Monde a mis sur pied en septembre 2011 la Clinique médicale pour migrants à Montréal. L’idée originale découle d’une consultation auprès de 50 organismes communautaires partenaires qui décelaient une hausse des migrants n’ayant pas accès aux soins de santé dans la métropole. «C’est vraiment une réponse à la demande croissante d’individus dans des situations précaires. Notre clinique est souvent leur dernier recours», explique le bénévole à l’accueil de la clinique, Tyler Milne. La clinique leur offre un lieu où les migrants peuvent être reçus sans frais et surtout sans crainte d’être dénoncés en raison de leur statut précaire. Elle n’a pas pignon sur rue et se tient dans les locaux d’un établissement de santé régulier, qui fonctionne dans la journée. Pourcette raison, l’adresse reste confidentielle. «Nos patients sont des gens très méfiants. Ce sont des personnes qui sont en mode survie au quotidien. On veut qu’ils se sentent en sécurité», fait valoir Véronique Houle.

Certains patients sont réfugiés ou demandeurs d’asile, d’autres sont arrivés au Canada avec un visa de touriste ou un permis de travail temporaire n’ayant pas pu être renouvelé. Ces personnes vivent au quotidien avec la crainte d’être arrêtées, voire déportées, selon le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephen Reichhold. «Ce n’est pas un réflexe d’aller chercher de l’aide quand on est sans statut légal, car on essaie le moins possible de se faire remarquer», explique-t-il.

Les personnes à statut précaire sont souvent victimes de préjugés au sein de la société. Tyler Milne fait valoir que beaucoup de gens ont des idées préconçues et croient que les personnes qui arrivent au Canada ont automatiquement droit à des services sociaux et profitent du système de santé gratuitement, alors que ce n’est pas le cas. «Ces préjugés accentuent la difficulté pour les migrants de trouver des services auxquels ils ont droit, estime-t-il. Il y a beaucoup d’incompréhension face à la réalité des migrants au Canada et cela rend l’adaptation à leur nouvel environnement très difficile.» Cette situation n’aide en aucun cas à ce que ces personnes maintiennent une bonne santé. Toujours sur le qui-vive, une grande partie des migrants sans statut souffre de problèmes d’anxiété et de maladies mentales liées au stress. Ils ne disposent cependant d’aucune aide psychologique pour y remédier. «Il faut comprendre que les gens qui choisissent de rester ici malgré toutes les embuches que cela représente le font, car partir serait encore pire, s’exclame Véronique Houle. Peut-on imaginer ce qu’ils fuient?»

Problème de ressources

Les quelques 45 médecins bénévoles de la clinique en voient de toutes les couleurs. Problèmes cardiaques, diabète, hypertension, les cas lourds ne sont pas rares et plusieurs patients ont besoin d’être suivis à long terme. Si la clinique bénéficie d’ententes avec plusieurs compagnies lui permettant d’avoir accès à certaines ressources indispensables – tels que des radiographies – ses moyens financiers restent limités. «Notre seul financement vient d’une congrégation religieuse, déplore Véronique Houle. On n’a pas de budget pour l’achat de médicaments.» Les besoins sont pourtant criants : près de 1409 personnes ont bénéficié des soins de la clinique migrants pour l’année 2012-2013, selon le Rapport annuel des interventions de Médecins du monde Canada.

La gestionnaire déplore également le désengagement du gouvernement fédéral dans la prise en charge sur son territoire des migrants ayant un statut de résident ou non. «On ne peut pas dire que ces gens-là ne participent pas à la société : ils font des achats et contribuent à faire rouler l’économie. Pourtant, la société ne reconnaît pas leur existence», dénonce-t-elle. Stephen Rechhold croit que, surtout au niveau de la santé, les migrants devraient avoir des droits, les enfants particulièrement. «On a vu des cas d’enfants gravement malades à qui on a refusé des soins aux urgences, s’indigne-t-il. En 2013, ce genre de situation ne devrait pas arriver dans un pays riche comme le Canada».

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