Indépendance de l’Écosse: Entre l’arbre et l’Écosse

samedi 18 janvier 2014 5:00

Crédit photo: Flickr, Dave Conner

Devant l’imminence du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les habitants du pays des Tudors subissent la discrimination du Royaume-Uni.

Par Prisca Benoit

Au pays des kilts et de la cornemuse, le débat sur l’indépendance fait rage. Depuis l’élection d’Alex Salmond à la tête de gouvernement écossais, les indépendantistes cherchent à obtenir un pays qui leur est propre. Cette idée est toutefois loin de faire l’unanimité au-delà des frontières écossaises. Tous les partis politiques du Royaume-Uni s’opposent à l’indépendance de l’Écosse. Pendant ce temps, les habitants du pays des Lochs, ces mystérieux lacs, vivent avec les préjugés du reste de l’île.

Sauf quelques cas isolés, comme un groupe de cornemuseux se faisant insulter lors du carnaval d’Aspatria en Angleterre, il a rarement été question de violence ou de discrimination ethnique des Anglais envers les Écossais. «La discrimination anti-écossaise en ce qui concerne l’emploi, le logement et les droits civils n’existe pratiquement pas en Angleterre», soutient le journaliste écossais Neal Ascherson. L’ingénieur Barry Edwards croit au contraire que les Anglais ont une attitude condescendante envers les Écossais. «Les Anglais ont tendance à ignorer les Écossais, qu’ils trouvent un peu trop militants, affirme-t-il. Ils ne les prennent pas au sérieux».

L’Écosse a choisi de soumettre la question de l’indépendance au peuple lors d’un référendum populaire le 18 septembre prochain, pour régler ses discordes avec le Royaume-Uni. Des deux côtés de la frontière, l’animosité s’est accentuée au cours des dernières années avec cette montée nationaliste. L’Angleterre a développé une frustration envers l’Écosse, explique Neal Ascherson. Selon lui, une vague de colère envers l’Écosse est apparue au cours des années 2000. «Les Anglais ont commencé à croire que les Écossais étaient injustement favorisés et que les dépenses publiques par habitant étaient plus grandes en Écosse qu’en Angleterre, ce qui n’est pas tout à fait faux», croit-il. Après 1999, il n’était plus possible pour le gouvernement anglais de voter des lois sur certaines juridictions écossaises comme l’éducation et la santé. Quant à eux, les représentants écossais au Parlement anglais avaient toujours un droit de regard sur les juridictions anglaises.

Ce contraste politique, jumelé au nationalisme écossais, a nourri une certaine frustration chez les Anglais. «Il y a un malaise à propos de l’attitude négative de certains Écossais par rapport aux Anglais qui viennent vivre en Écosse», admet le professeur écossais de politique à l’Université de Strathclyde, John Curtice. Bon nombre d’Anglais croient que les militants écossais ont une constante impression de se faire traiter injustement, remarque Barry Edwards. «Depuis longtemps les militants écossais n’aiment pas les Anglais et le fait qu’ils règnent sur l’Écosse, déclare-t-il. Ils persistent à croire que chaque décision prise en Angleterre n’est pas dans leur intérêt.»

Les différends de part et d’autre engendrent des conflits au Parlement anglais, à Westminster. «L’Écosse veut pouvoir devenir un pays comme n’importe quel autre, soutient John Curtice. Il est indéniable qu’une tension subsiste entre le Parti national écossais et le gouvernement du Royaume-Uni.» Pendant que le référendum se prépare, le gouvernement de David Cameron se pose comme défenseur de l’unité.

La spécificité de l’Écosse est un argument de taille en faveur de l’indépendance, selon plusieurs Écossais. «Les Écossais ne se retrouvent pas dans l’identité anglaise, voilà pourquoi une des questions centrales de ce débat est l’identité nationale», selon John Curtice. Les Écossais se plaisent à souligner leurs différences au peuple anglais: la langue gaélique d’Écosse est d’ailleurs redevenue officielle sur le territoire en 2005.

Confrontation ancestrale

Depuis l’annexion de l’Écosse au 18e siècle, les tensions entre les deux territoires se sont exacerbées. «Dès l’union parlementaire de 1707, le peuple anglais avait un vif préjugé anti-écossais. Ce sentiment conduisait parfois à la violence, mais il n’a jamais pris une forme institutionnelle concrète», raconte Neal Ascherson.

Regroupement de plusieurs groupes ethniques, l’île britannique se heurte à d’autres velléités indépendantistes. «Le Royaume-Uni n’est pas un état d’Europe de l’Ouest classique, soutient John Curtice. Il regroupe l’Écosse, l’Angleterre, l’Irlande du Nord et le pays de Galles. Leurs habitants ont tous une identité nationale propre et doivent encore apprendre à cohabiter.» Selon la volonté du peuple, le chant des cornemuses pourrait devenir l’hymne de l’indépendance écossaise.

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