Additifs alimentaires cachés: Pour ne pas se faire cuisiner

samedi 18 janvier 2014 7:00

Illustration: Isabelle Langlois

Même les aliments qui semblent les plus inoffensifs cachent parfois des ingrédients indésirables. De plus en plus suspicieux, les consommateurs se transforment en détectives alimentaires.

Par Elizabeth Caron

Les monstres ne se cachent plus dans les mêmes placards qu’avant. Aujourd’hui, plusieurs consommateurs ouvrent leur garde-manger avec méfiance, redoutant d’avaler des ingrédients indésirables sans même le remarquer.

Un article publié par le quotidien The Guardian le 13 mai dernier est devenu viral. 10 gross ingredients a fait le tour des médias sociaux et a été partagé par des milliers d’internautes. L’auteure de l’article, Anna Brones, y listait 10 ingrédients improbables et surprenants se retrouvant dans divers aliments disponibles en épicerie. Des cheveux humains au bran de scie en passant par l’extrait de coccinelle, l’auteure amenait les lecteurs de surprise en surprise.

Selon l’auteure du livre Danger, Additifs alimentaires, Corinne Gouget, les consommateurs sont de plus en plus méfiants. Qu’on soit inquiet à propos des ingrédients dits «cachés» dans notre nourriture, les éléments chimiques ajoutés aux aliments transformés ou la quantité de gras et de sodium dans nos repas, le sentiment de manque de contrôle est justifié, à son avis.

Corinne Gouget a une longue histoire avec la bouffe. L’auteure française croit que certains additifs alimentaires peuvent avoir un effet néfaste sur le comportement humain. «À quatre ans, l’enfant d’une de mes amies était extrêmement turbulent, il frappait ses professeurs, raconte-t-elle. Lorsqu’il a arrêté de manger des aliments bourrés d’additifs, il est devenu sage.» Son cheminement a débuté il y a 19 ans, lorsqu’enceinte, elle découvre le livre Find Out, de Belinda Barnes et l’équipe de Foresight, où figurait une liste des additifs alimentaires potentiellement dangereux pour la santé. «À l’époque, le carnet listait les additifs jusqu’au E927, explique-t-elle. Aujourd’hui, on connaît le E1522.» Tranquillement, Corinne Gouget élimine tous les additifs alimentaires de son alimentation et de celle de ses filles. Son mari continue de consommer des sodas légers et des suppléments alimentaires protéinés, sucrés à l’aspartame, et de mâcher de la gomme. «Il s’est mis à avoir des saignements de nez, faire de la calvitie, avoir des sautes d’humeur», relate la militante. En 2003, elle divorce de son mari et continue sa lutte aux additifs alimentaires. Elle découvre le livre du docteur H. J. Roberts, Aspartame Disease: An Ignored Epidemic, dans lequel elle trouve un questionnaire permettant de déterminer si on souffre d’effets secondaires liés à la consommation d’additifs. Elle commence à remplir des dossiers pour tous les gens dans son entourage qui se plaignent d’effets secondaires de l’aspartame. Aujourd’hui, 150 dossiers s’empilent sur son bureau.

Selon la fondatrice de l’entreprise SOS Cuisine, Cinzia Cuneo, le problème est plus complexe. «On suppose que les compagnies respectent la loi et indiquent sur les étiquettes ce qu’il y a dans leurs produits, affirme-t-elle, mais les gens se soucient-ils vraiment de consommer des produits mauvais pour leur santé?», s’interroge-t-elle. La fondatrice de l’entreprise, qui œuvre dans la promotion de la cuisine santé, pense qu’une majorité de consommateurs ne regardent pas les étiquettes des aliments. «Je m’inquiète plus de l’attitude des consommateurs que de celle des entreprises alimentaires, explique-t-elle. Les gens fument même s’ils savent que c’est mauvais pour leur santé.»

Cinzia Cuneo remarque tout de même une augmentation de l’intérêt pour la cuisine santé. «On a vécu des problèmes de contamination comme la vache folle et ça affecte la confiance des gens envers les compagnies alimentaires», déduit la présidente. Les découvertes de la médecine entraînent aussi, selon elle, une fausse représentation sur les emballages. «Plusieurs produits affichent un faible taux de sodium, par exemple, puisqu’il est maintenant connu qu’un haut taux de sodium est dangereux pour la santé, avertit-elle. Ces produits ne sont pas meilleurs pour autant, ils sont parfois pleins de mauvais gras.»

La technicienne en diététique Guylaine Goulet ne s’inquiète pas trop. «Je pense qu’on est assez bien protégés, ajoute-t-elle. Au Québec, les lois sur l’étiquetage sont très sévères.» Selon elle, les compagnies respectent tellement l’obligation d’indiquer tout ce qui se trouve dans les produits que les étiquettes en deviennent difficiles à déchiffrer. La signification des noms scientifiques des ingrédients est ignorée de la plupart des consommateurs. «Ça pourrait être plus simple», croit Guylaine Goulet.

Heureusement, l’intérêt grandissant pour la cuisine santé a permis des recherches qui ont mené, par exemple, à l’interdiction de l’aspartame dans plusieurs pays. Il suffit peut-être simplement d’ouvrir les yeux pour remarquer que le monstre n’est pas si bien caché.

1 Comment

  • Aujourd’hui nous sommes victimes de la mal-bouffe. Cela a commencé avec la mécanisation de l’agriculture qui s’est étendu à son industrialisation. La situation a été accentué avec l’apparition des fast-food. Nous mangeons des synthèses chimiques, des produits bourrés d’ingrédients cancérigènes. Mais ce n’est que maintenant que nous en avons conscience. Il faut toujours acheter bio, le vrai bio, pas celui qui n’a de bio que l’étiquette.

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