Au pays de l’enfant-roi

dimanche 19 janvier 2014 2:00

Si le roi a perdu son trône et sa couronne, les martèlements de son sceptre ont encore toute légitimité politique au Liechtenstein. 

par Hadi Hassin

Petit, riche et royal, le Liechtenstein, situé en Europe de l’Ouest, est aujourd’hui l’un des seuls pays à concilier monarchie réelle et pouvoir parlementaire. Apprécié des Liechtensteinois, le système politique du pays crée bien des remous à l’extérieur de ses 160 km2.

Au Liechtenstein, le prince Hans-Adam II et son héritier Alois de Liechtenstein bénéficient d’une immunité totale par rapport au Parlement et d’un droit de veto sur tout projet de loi qui est avancé et qui ne leur plaît pas. «Ce n’est pas une dictature, explique le professeur de droit à l’Université Humboldt de Berlin, Joseph Ghazi. C’est même très difficile à dire puisque la population est consentante.» En 2012, 76,1 % des Liechtensteinois ont voté pour que la principauté puisse conserver son droit de veto. Dans ce pays germanophone, le pouvoir est à la fois entre les mains d’un Parlement appelé la Diète et celles du prince Hans-Adam II. Depuis 2004, c’est néanmoins son fils, Alois de Liechtenstein, qui assume la majorité de ses fonctions.

Coincée entre la Suisse et l’Autriche, cette principauté s’attire les foudres de ses voisins et l’appui de ses vassaux. «Les lois de Liechtenstein ne sont pas faites pour limiter les droits et libertés des habitants. Les politiques du pays dérangent bien plus les autres pays aux alentours», affirme Joseph Ghazi.

Résident du Liechtenstein pendant six ans, Marc Steinhauer ne se plaisait pas à y vivre. «À Liechtenstein, tout le monde se connaît, plaide ce courtier. Si tu votes contre le prince, on dira que tu es un révolutionnaire. Le prince n’a même pas besoin d’utiliser ses pouvoirs au final. Ses désirs sont des ordres et tout le monde s’empresse de les exécuter.» L’homme de 32 ans a finalement déménagé à Heidelberg en Allemagne.

Le quatrième plus petit État indépendant d’Europe est devenu un membre des Nations unies il y a vingt-trois ans et a accepté d’entrer dans la zone économique de l’Europe deux ans plus tard. Les politiques de l’État font tout de même l’objet de nombreuses critiques, même si la Suisse se fait le porte-parole diplomatique du Liechtenstein depuis bientôt un siècle. «Jusqu’à tout récemment, par exemple, il était facile de déposer plusieurs millions de francs suisses non déclarés dans une banque du Liechtenstein sans jamais être questionné sur l’origine de cet argent», admet Joseph Ghazi, aussi avocat.

Pour la première fois de son histoire cette année, le Liechtenstein s’est montré en faveur un standard mondial en matière d’échange automatique d’informations bancaires. «En matière d’entraide fiscale, c’est un beau premier pas pour ce pays dont la réputation a été entachée par ses paradis fiscaux», affirme l’avocat. Il croit également que les Liechtensteinois ont accepté pour le bien commun de se plier à un contrat social qui va dans le sens des directives du prince. En 2011, par exemple, les habitants du Liechtenstein ont voté contre une initiative populaire qui voulait légaliser l’avortement. Une semaine plus tôt, le prince s’y était publiquement opposé et avait averti qu’il s’y opposerait avec son veto. La population l’a suivi.

Selon la CIA, le Liechtenstein gagne chaque année plus d’une centaine d’habitants. Si la monarchie s’attire des critiques de tous les côtés, le roi Hans-Adam II agrandit son royaume, un sujet à la fois.

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