Et les poissons dans tout ça ?

dimanche 19 janvier 2014 7:00

Crédit Flickr: Raym5

Les poissons n’ont pas la vie facile en hiver, dans un lac gelé avec un niveau d’eau au plus bas. Survivre n’a jamais été aussi ardu.

Par Titouan Moal

L’hiver s’est installé, les lacs gèlent et les poissons vont devoir se surpasser pour survivre au nouveau danger qui les guette: le marnage. C’est ce que tente de démontrer une équipe de chercheurs et d’étudiants de McGill et de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Le marnage hivernal artificiel est une rétention d’eau au niveau du barrage qui prévient les problèmes d’inondation causés par la fonte des glaces du début du printemps. Selon le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, le nombre de barrages au Québec serait d’à peu près 10 000 et une partie d’entre eux utiliseraient le marnage afin de réguler leur niveau d’eau. Naturellement, le niveau d’eau des lacs varie d’environ un mètre, mais avec le marnage artificiel, il peut baisser de 14 mètres.

L’étude en cours, qui se concentre principalement sur le barrage Jules Allard du Grand lac Saint-François, situé dans la région de Chaudière-Appalaches, devrait permettre d’identifier les actions à prendre afin de limiter l’impact du marnage sur la santé du lac.

Avec la baisse du niveau d’eau, c’est toute la partie littorale du lac qui se retrouve asséchée. Ce phénomène qui est «nécessaire à la protection des riverains» aurait de sérieuses conséquences, selon le responsable du Service de la conservation et de l’éducation au parc national de Frontenac, René Charest. Cela pourrait affecter les poissons et les autres petits invertébrés qui se reproduisent dans ces zones, ainsi que la flore aquatique et les autres espèces animales présentes dans le milieu, comme les oiseaux ou les petits mammifères. Le marnage conduirait donc à la diminution de la biodiversité du lac.

«La santé du lac est une préoccupation importante», constate René Charest. Depuis la construction du barrage en 1917, l’écosystème du lac s’est modifié. «Les riverains ont notamment remarqué une diminution significative du nombre de dorés, poissons très appréciés par les pêcheurs du coin». Les dorés, avec la diminution du niveau d’eau, ne pouvaient plus atteindre leur zone de ponte ou laissaient leurs oeufs à des endroits qui allaient être asséchés par la suite. Leur reproduction était donc en danger. Les mesures ont été prises et le niveau de marnage a été réduit afin de pallier au problème.

L’étude conjointe des deux universités, commencée au mois de mai dernier, n’est pas encore terminée. «Il est encore trop tôt pour définir les conséquences réelles. Nous sommes présentement en train d’analyser les données et on a encore quelques échantillonnages à faire», explique l’étudiante à la maîtrise du département scientifique des ressources naturelles de McGill, Raphaëlle Thomas. Leur méthode de recherche consiste à échantillonner six lacs présentant des caractéristiques similaires, mais avec des niveaux de marnage différents, afin de définir les conséquences d’une telle variation du niveau d’eau sur leurs écosystèmes.

Les résultats de cette étude, la première dans son domaine, sont très attendus, car ils permettraient de prendre de nombreuses initiatives afin de mieux protéger l’ensemble des lacs du Québec.

Leave a reply

required

required

optional