Littérature Yiddish: A glick Auf Dir !

lundi 20 janvier 2014 5:00
Crédit photo: Audrey Neveu

Crédit photo: Audrey Neveu

Dans les années 1930, le yiddish était une des langues les plus parlées à Montréal, mais elle s’est rapidement fait oublier.

Par Annie-Kim Plante

La littérature yiddish, par sa quantité et sa qualité, constitue un pan non négligeable de la culture juive. Le nombre impressionnant de poèmes, de pièces de théâtre, de romans et d’essais rédigés dans cette langue en témoignent. Il y a plusieurs décennies, la littérature yiddish était sur toutes les lèvres dans les rues de Montréal en raison de la curiosité que cette langue inspirait, mais les choses ont grandement changé.

Montréal a longtemps été une plaque tournante de la culture juive en Amérique. «Dans les années 1930, 97% de la communauté juive parlait yiddish, contrairement au faible 3% d’aujourd’hui», soutient le professeur du département d’histoire de l’Université d’Ottawa, Pierre Anctil. Un recueil de poèmes d’écrivains juifs installés dans la grande métropole montréalaise a été publié cet automne pour faire connaître à nouveau cette littérature. «Il s’agit en fait d’une anthologie, un projet modeste, que Pierre Anctil et moi-même avons voulu réaliser parce qu’il n’existe aucun ouvrage francophone dédié à la littérature yiddish dans l’univers littéraire montréalais», affirme l’initiatrice de ce projet, Chantal Ringuet. «L’idée m’est venue parce qu’ayant déjà fait un essai, À la découverte du Montréal Yiddish, j’ai eu envie d’approfondir mes recherches et j’ai donc appris la langue pour être en mesure de faire la traduction de textes yiddish», poursuit-elle.

Parlé principalement dans les communautés juives d’Europe, le yiddish est en fait une langue germanique dérivée de l’allemand, avec une pincée d’hébreu et de slave. Elle se lit de droite à gauche et comprend une multitude de dialectes. Plusieurs grands auteurs connus ont notamment été traduits en yiddish comme Jules Verne, Friedrich Nietzsche et Baruch Spinoza.

Pierre Anctil et Chantal Ringuet avaient pour but de briser la frontière qu’il y avait entre les francophones et les yiddishophones. «Il n’y a pas si longtemps encore, le yiddish était la troisième langue la plus parlée dans la métropole», affirme Pierre Anctil. Il y avait au cœur de la ville une population importante parlant le yiddish et produisant une grande quantité de textes dans cette langue. «Pendant 80 ans, il y avait sur la rue St-Laurent, où se tient maintenant le resto-bar Laïka, le Keneder Odler (L’Aigle canadien), un quotidien yiddish d’environ 8 à 10 pages qui était publié 300 fois par année», rappelle Chantal Ringuet. De 1907 à 1987, la littérature yiddish était écrite par plus de 200 auteurs abordant des sujets décrivant leur nouvelle vie en terre canadienne. «Lorsque Chantal et moi avons fait les traductions, nous avons remarqué que les auteurs écrivaient beaucoup sur Montréal», explique Pierre Anctil.

Ce collectif de poèmes et de nouvelles fait découvrir aux Québécois la vision que les membres de la communauté juive avaient à l’égard de Montréal. Malgré la frontière érigée entre les Juifs yiddish et les autres Montréalais, ces textes démontrent très bien que ces deux communautés avaient en commun l’amour de leur ville.

Une langue difficile à réanimer

«Le yiddish disparaît en tant que langue maternelle, mais il restera présent comme langue seconde soulignant l’historicité du théâtre et de la littérature yiddish en général», soutient le professeur au département des littératures de langue française à l’Université de Montréal, Jean-Marc Larrue.Malgré tout, Chantal Ringuet et Pierre Anctil sont formels: il n’y a pas d’avenir pour de la nouvelle littérature yiddish. Il est encore plus difficile de parler d’un avenir dans les rues de Montréal. «Il n’y a plus d’écrivains yiddish. Il n’y a donc plus de possibilités d’avoir de nouveaux écrits dans cette langue», déclare Pierre Anctil. L’avenir de la littérature yiddish est désormais possible seulement via des idées comme celle que Chantal Ringuet et Pierre Anctil ont eue. Celle-ci espère d’ailleurs que les francophones vont embarquer dans la découverte de cette littérature. «Il faut espérer que d’autres projets seront mis sur pied afin de faire renaître la littérature yiddish à travers Montréal, lieu dans lequel elle a déjà eu une grande popularité.»

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