Envers et contre tous

mardi 21 janvier 2014 7:00
Crédit Flickr: Malias

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Malgré les préjugés, le langage universel réussit à survivre, sans toutefois créer le climat d’égalité espéré.

Par Camille Lopez

La création de l’espéranto remonte au XIXe siècle. À 19 ans, Ludwik Lejzer Zamenhof a en tête une idée qu’il ne lâchera pas: celle d’une langue universelle, équitable, qui faciliterait la communication internationale. Pourtant populaire à ses débuts, la langue doit maintenant faire face au géant qu’est l’anglais et à un manque d’intérêt généralisé.

L’espéranto vise à éliminer les obstacles rencontrés par ceux qui ne parlent pas l’anglais en créant une langue universelle. «Forcés de parler dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas, les professionnels allophones qui participent à des congrès, par exemple, sont extrêmement handicapés et perdent de leur crédibilité», déclare le président de la Société québécoise de l’espéranto, Normand Fleury.

L’anglais est considéré comme facile à apprendre, mais selon les espérantistes, leur langue est encore plus simple. La grammaire de l’espéranto est régulière et ne compte aucune exception. Les textes sont courts, puisque les expressions sont simples. Il existe même une Académie de l’espéranto qui s’assure que le langage évolue constamment. Malgré tout, l’anglais domine toujours: l’intérêt pour la langue de Shakespeare ne cesse de grimper, tandis que celui pour l’espéranto diminue. Si la langue survit et continue à se transmettre, c’est surtout grâce à Internet. Le site lernu.net, le principal outil en ligne pour apprendre l’espéranto, est disponible en 41 langues et est visité par plus de 175 000 visiteurs par mois. En septembre, il comptait 150 000 abonnés de tous âges.

Au Québec, plusieurs clubs d’espéranto (Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau et quelques autres villes) organisent des rencontres où les membres peuvent parler entre eux et participer à diverses activités, comme des soupers, des lancements de livres, des anniversaires importants, des fêtes, etc.

Les activités les plus diversifiées et importantes se déroulent cependant en Europe, berceau de cette langue qui se veut universelle, comme le Festival de l’Espéranto, en Allemagne. «Ces rencontres sont beaucoup plus invitantes pour les jeunes que celles du Québec. Ici, c’est nous qui allons en Europe», raconte Normand Fleury, qui participe lui-même à plusieurs de ces réunions. C’est d’ailleurs lors de son premier séjour là-bas qu’il a rencontré son épouse, avec qui il a eu deux enfants. Ces derniers ont tous deux été élevés avec l’espéranto comme première langue. Les langues de leurs parents, le français et le croate, font office de langues secondes. Tout comme Normand Fleury, séduites par l’esprit rassembleur de la langue, un millier de personnes  dans le monde élèvent leurs enfants avec l’espéranto comme langue maternelle.

«Parmi nous, ça se fait souvent, élever ses enfants en espéranto! Dans les rencontres annuelles, les enfants vont spontanément les uns vers les autres. Ils parlent et jouent en espéranto. C’est fascinant de voir que ça marche», s’exclame-t-il. Ces enfants, les espérantistes les appellent les denaskuloj, ou «ceux qui sont de naissance», en français. «J’ai vu des familles transmettre la langue depuis sa création, donc pendant quatre générations», ajoute Normand Fleury,

Confronté aux préjugés que plusieurs entretiennent envers cette langue méconnue, le  président de la société québécoise de l’espéranto affirme que cette langue n’est plus un projet, ni même une idée utopique. «Son but n’est pas de remplacer les langues nationales, mais bien de fournir un outil équitable de communication», répond-il.

Le premier grand obstacle que le langage universel a connu a causé une crise au sein des espérantistes. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les espérantistes étaient traqués, chassés et assassinés, sous les ordres d’Hitler. Leur langue était considérée comme un code de conspiration utilisé par les Juifs. Staline l’associait quant à lui à la bourgeoisie et a fait détruire tous les livres que ses hommes trouvaient. «La guerre a été un échec pour nous, qui pensions pouvoir établir un climat de paix avec l’espéranto», ajoute Normand Fleury.

Côté médiatique, l’espéranto est complètement ignoré. Les grands médias ne sont pas intéressés au langage universel, et quand ils le sont, ils véhiculent mal son message. Le combat des espérantistes pour faire connaître leur langue continue, un combat qu’ils mènent au nom de l’égalité et de la communication. Ceux-ci ne perdent pourtant pas espoir. Selon Normand Fleury, «les grandes idées dans l’humanité prennent du temps.»

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