Agriculture urbaine à Détroit : Après le béton, la verdure

mercredi 22 janvier 2014 9:30
Crédit photo: Flickr, LorieJeanne

Crédit photo: Flickr, LorieJeanne

La flamme économique de l’ancienne capitale de l’automobile des États-Unis se ravive petit à petit, alors que les terrains vagues laissent place à Dame Nature et aux fermiers

Par Katerina Frédéric

Quartiers abandonnés, économie chancelante et corruption administrative, aux prises avec bien des maux, la ville de Détroit renaît de ses cendres grâce à l’agriculture urbaine. Les magasins du coin et les banques alimentaires ne suffisent plus. Les habitants sans emploi transforment donc les usines désaffectées en serres et les champs abandonnés en potagers dans le but d’obtenir des fruits et légumes frais.

Plus du tiers des terrains de l’ancienne Motor City sont abandonnés, d’après le président de Hantz Farms à Détroit, Micheal Score. Son entreprise travaille à transformer les champs désertés en terres cultivables. «Entre 20 et 25 compagnies oeuvrent dans le domaine de l’agriculture à Détroit», mentionne-t-il. Pour Micheal Score, l’économie de Détroit devrait renaître grâce à la quantité et la qualité des ressources naturelles dont elle dispose. Les jeunes se réapproprient la ville et y bâtissent des jardins communautaires, des cafés et des restaurants. L’arrivée de l’agriculture urbaine refaçonne le visage de l’ancienne capitale de l’automobile. «La majorité des gens qui ont décidé de rester à Détroit le font parce qu’ils y sont nés et y ont de bons souvenirs, affirme Michael Score. Certaines personnes sont par contre prisonnières de la ville puisqu’elles n’arrivent pas à trouver des acheteurs pour leur maison et ne peuvent partir sans la vendre.»

Présente depuis maintenant 10 ans, l’organisation Keep Growing Detroit (KGD) rassemble une communauté de fermiers résilients qui compte près de 750 familles et 365 communautés. Ensemble, ces 16 200 fermiers de tous âges participent au développement de quelque 1 244 jardins urbains. Selon le chargé de cours de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Éric Duchemin, cette philosophie de réappropriation de l’espace permet de bâtir des jardins communautaires et de conserver la structure sociale. Éric Duchemin souligne que de concentrer toute l’économie autour de l’agriculture urbaine comporte des risques. «Il faut créer une structure économiquement viable où les gens travaillent non seulement pour se nourrir, mais pour générer des revenus qui leur appartiennent avec l’agriculture.»

Selon le directeur de l’Observatoire sur les États-Unis Chaire Raoul-Dandurand, Frédérick Gagnon, le plan de sauvetage de 80 milliards de dollars pour relancer l’économie de la ville de Détroit annoncé par Barack Obama en 2009 pourrait être une porte de sortie à cette crise en permettant un retour discret du Big Three (Ford, Chrysler et GM). L’industrie automobile n’est donc pas morte au Michigan, mais elle ne retrouvera sans doute jamais sa vitalité d’antan. Pendant ce temps, la verdure reprend le dessus. Au rythme de l’abandon des maisons, l’économie alternative développée par les fermiers de Détroit laisse sa marque sur le paysage.

1 Comment

Leave a reply

required

required

optional