Si tu savais comment ton nom en dit long

mercredi 22 janvier 2014 7:00

Par Florence Breton

Moi, dans la vie, je ne suis pas ce qu’on peut appeler une personne subtile. La vie est trop courte pour ne pas dire les choses directement. Quand une amie me demande d’aller tâter le terrain pour voir si l’homme de ses rêves est célibataire, je ne passe pas par quatre chemins: je le lui demande. Pour le cobaye, on m’a donné cette mission : apprendre tout ce que je peux sur cet homme. Guillaume Laplante Anfossi. Il me faut assez d’informations pour constituer un portrait valable de cette personne. Ouf! Il va falloir que je développe mes habiletés d’enquêteuse.

Si on m’avait donné ce défi il y a dix ans, j’aurais tout de suite écrit à l’équipe des Retrouvailles de Claire Lamarche. L’attente aurait été longue et les «colombos» n’auraient peut être pas réussi à retracer Guillaume. J’aurais pu aussi appeler tous les Laplante et tous les Anfossi du bottin téléphonique. Blague à part, sans les réseaux sociaux, nous pouvions difficilement nous infiltrer dans la vie des autres.

21 novembre

Aujourd’hui, en 2013, rien de compliqué. Cinq minutes après avoir pris connaissance de ma mission, je savais déjà que cet étudiant est violoniste dans un quatuor, qu’il déteste Denis Coderre et qu’il appuie Option nationale. Ah oui! J’ai aussi pu constater que ce Guillaume est assez cute! Vous l’avez deviné, la première étape d’investigation a été le fameux stalkage sur Facebook.

Pour notre génération, tout ça est banal. On épie comme bon nous semble le profil de n’importe quel inconnu et instantanément on connaît une bonne partie de sa vie. J’ai quand même voulu remonter dans le passé des Anfossi. Ce nom est d’origine italienne et correspond à une lignée de musiciens. Assez incroyable de voir que ce talent s’est transmis, puisque Guillaume semble très bien manier l’archet.

25 novembre

Je ne me suis pas limitée à Facebook. Après quelques recherches sur le Web, j’ai pu constater que Guillaume est très impliqué dans sa communauté. Plusieurs articles de presse mentionnent qu’il prête ses talents de musicien aux gens malades du CHUM et ce, bénévolement. J’ai tout fait pour essayer de trouver une faille, un côté rebelle à cet homme. Mais non! Il semble bien qu’il s’approche de la perfection. Par contre, je n’ai pas réussi à trouver s’il est célibataire, désolé mesdames! En tout cas, restez aux aguets, il semblerait qu’il fasse partie du Regroupement des musiciens du métro de Montréal!

En retournant à Facebook, j’ai cherché s’il existait d’autres Laplante-Anfossi dans ce monde. Il y en a deux. Je n’ai pas eu de confirmation officielle, mais je peux me permettre de supposer que Marie et François font partie de la fratrie de Guillaume.

Fait cocasse : j’ai pu connaître l’âge de Guillaume d’une drôle de façon. C’est en trouvant un article du Devoir paru en 2000 que j’ai pu faire le calcul. Il s’agit d’un extrait où Guillaume, enfant, s’exprime suite au visionnement du film L’Erreur boréale: «Est-ce que vous savez quel sentiment les arbres ont? Moi, je crois que les arbres n’aiment pas mourir. Ils veulent rester en vie.» Il avait six ans.

13 décembre – LA rencontre

Toute cette histoire d’espionnage n’aurait pas été aussi cocasse si je n’avais pas eu à rencontrer ce fameux Guillaume. Eh oui, c’est au Conservatoire de musique de Montréal, où le musicien passe une grande partie de son temps, que j’ai pu lui partager mes découvertes à son sujet. C’est assez spécial d’aller à la rencontre d’une personne en connaissant déjà une foule de renseignements à son sujet, alors que cette dernière ne sait absolument rien de moi.

Guillaume correspond bel et bien à la description que je me suis imaginée avec les renseignements trouvés. Tout ce que j’ai découvert à propos de lui est bel et bien vrai. Il s’est dit particulièrement touché que j’aie trouvé cet article du Devoir lorsqu’il avait six ans, étant assez étonné que ce texte se trouve quelque part dans l’univers du Web.

Guillaume protège relativement bien sa vie privée. Mais, avec seulement un numéro de téléphone ou une adresse de résidence, il aurait été possible d’en apprendre tellement plus! Sur le Web, on peut trouver la valeur d’une maison, l’existence d’un casier judiciaire, le lieu de résidence d’une vedette (allez vous amuser sur le site du Registre des entreprises du Québec) et tellement plus encore.

Le fait de ne pas être une personne subtile ne m’a pas posé problème. Ce qui est fantastique (et troublant à la fois), c’est que j’ai pu m’infiltrer dans la vie de cette personne sans avoir à contacter quiconque et sans sortir de chez moi.

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