Des Ukrainiens, des banques et des traités

vendredi 7 mars 2014 5:10

En tournant le dos à l’Europe le 21 novembre dernier pour se rapprocher de Moscou, le président ukrainien, Viktor Ianoukovytch, ne se doutait sans doute pas qu’il venait d’enclencher une crise qui le chasserait du pouvoir pour la deuxième fois depuis 2004. Toute comparaison est toujours boiteuse, mais la classe politique canadienne, et plus particulièrement Stephen Harper, devrait tirer une leçon de cet épisode : à l’ère de la mondialisation, on ne signe pas de traité avec n’importe qui, et à plus forte partie, pas sans l’accord des citoyens.

ALENA, Union Européenne, Mercosur, Union eurasiatique mise de l’avant par Vladimir Poutine, les traités de libre- échange se multiplient et occupent une place toujours plus grande dans nos vies. Et malgré ce que peuvent raconter les apôtres du libéralisme, ils n’ont pas que des effets positifs. L’ALENA et l’abolition progressive des tarifs douaniers avec de nombreux pays ont causé des dommages irréparables à l’industrie manufacturière canadienne alors que, pendant ce temps, les Chinois achètent la dette américaine avec l’argent que les Américains leur expédient en échange de tous leurs produits.

Les pourparlers au sujet de ces traités se font pourtant le plus souvent en secret, comme l’Accord de Partenariat Trans- Pacifique, actuellement négocié par plusieurs pays, dont le Canada. Notons également le cas de l’ALENA, qui est présentement renégocié, sans que cela fasse le moindre bruit. On laisse bien peu de place aux citoyens, qui n’ont le plus souvent pas même idée de l’existence de ces négociations et on impose la plupart du temps l’idée de ces traités comme un dogme inébranlable : «Le libre-échange est bon pour vous», en particulier si vous êtes une banque d’investissement. Une fois la conclusion d’une entente, on pousse les parlementaires à ratifier ses traités à la va-vite, comme si toute question était une entrave au progrès économique.

Mais voilà, ces traités ont des conséquences directes et visibles et il est temps de remédier au déficit démocratique qui plombe la légitimité des gouvernements et des grandes instances économiques mondiales.

François Joly, Directeur

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