Au royaume de la malbouffe

samedi 8 mars 2014 2:00
Image libre de droits (Flickr)

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Alors que les réserves autochtones composent avec les pires fléaux sociaux, un autre problème s’ajoute à la liste interminable : la malnutrition. 

Par Daphnée Malboeuf

En 2004, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) effectuait une étude sur les comportements alimentaires qu’adoptaient les autochtones. Les résultats de l’enquête décrivaient les habitudes alimentaires des autochtones comme alarmantes. Dix ans plus tard, on observe que la situation demeure extrêmement problématique.

Dans son rapport d’enquête de l’époque, l’INSPQ observait que l’arrivée des aliments commerciaux dans les réserves autochtones favorisait la malnutrition. La faible consommation de produits laitiers, de fruits et de légumes pourrait expliquer l’augmentation de la fréquence des maladies liées à la malnutrition qu’ont connu les peuples autochtones ces dernières années, selon ce qu’affirme l’étude.

Le partage fait partie intégrante des habitudes alimentaires des autochtones, constate l’éducatrice spécialisée à l’école primaire de la petite communauté d’Opitciwan, située au bord du réservoir Gouin, Valérie Lemieux. Lors des occasions spéciales, par exemple les fêtes et les cérémonies traditionnelles, les gens se regroupent pour partager la nourriture, qui se veut pour la plupart du temps traditionnelle, mais à laquelle on ajoute une touche moderne; croquettes de poisson, viande d’orignal, tarte aux bleuets, etc.

«Il y a très peu de variété dans les produits disponibles à l’épicerie, qui ressemble plutôt à un petit magasin général. À l’intérieur, une toute petite section est réservée aux fruits et légumes et à la viande. Ces produits sont vendus à des prix exorbitants, alors qu’une rangée complète de bonbons, croustilles et autres aliments de type ‘‘malbouffe’’ est très souvent en spécial», explique Valérie Lemieux. Les mauvaises habitudes alimentaires des résidents sont un grand fléau dans les réserves.

«Lorsque j’allais à l’épicerie, je constatais ce que les enfants s’achetaient avec leur argent de poche: chips, bonbons, boissons gazeuses et énergisantes, et ce, malgré la loi interdisant les boissons énergisantes aux moins de 18 ans, dit-elle. Parfois, les enfants me demandaient si je pouvais leur acheter quelque chose à manger.» Pour elle, c’était l’occasion de leur apprendre à s’alimenter de façon saine. «Les habitudes alimentaires dépendent à la fois de la variété, de la qualité et du prix des aliments disponibles, mais aussi des connaissances alimentaires que ces gens ont», pense-t-elle.

Dans le nord du Québec, pour tous les produits, les prix sont excessivement chers. «Un deux litres de jus d’orange coûte 18 dollars et un deux litres de lait vaut 10 dollars», explique l’enseignante à la commission scolaire de Kativik, Soraya Milliand. «Par contre, le programme Nutrition Nord, qui incite les Inuits à bien manger, s’assure de réduire les prix des fruits et légumes», affirme l’enseignante. Les familles nombreuses et instables disposent de moyens financiers maigres et n’arrivent souvent pas à combler les besoins nécessaires de leurs enfants.

Pour Nicolas Houde, professeur de science politique à l’UQAM, spécialiste des autochtones, le problème réside plutôt dans l’importation de produits commerciaux dans des réserves où les gens pourraient plutôt vivre de la nourriture du territoire. Celle-ci est plus bénéfique non seulement pour la santé, mais pour la culture et l’occupation active du territoire. «Le problème est  que quand on importe de la nourriture commerciale, on crée une dépendance à des produits qui viennent de l’extérieur, au lieu de sécuriser les sources de nourriture localement», soutient Nicolas Houde.

Pour pallier à ce problème, des enseignants bénévoles servent des petits-déjeuners financés par le gouvernement du Canada, afin que les enfants ne débutent pas la journée le ventre vide. Soraya Milliand explique cependant que les enfants arrivent souvent en retard à l’école et ne profitent pas des déjeuners servis. À ses yeux, des cours de cuisine devraient être offerts aux familles, ainsi que des services de nutritionnistes afin d’expliquer les effets néfastes et les bienfaits des aliments sur le corps humain.

Étant donné les nombreux avantages à consommer la nourriture provenant du territoire, Nicolas Houde constate qu’il serait du devoir du gouvernement de donner davantage accès aux zones exploitables pour la chasse et la pêche.

18$ pour un deux litre de jus représente un montant élevé pour des familles à revenu modeste. Bien que des programmes aient été mis en place afin de contrer ce fléau, il est clair que la situation persiste encore gravement dix ans plus tard dans plusieurs réserves autochtones.

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