Quand chirurgie rime avec excès

lundi 10 mars 2014 9:00
Crédit photo: Flickr, Amphis d'@illeurs

Crédit photo: Flickr, Amphis d’@illeurs

Chirurgie esthétique en Corée du Sud : Rien ne se perd, rien ne se crée, tous et toutes se transforment

Double paupière, rabotage de la mâchoire et menton en forme de V, l’industrie de la beauté et de la chirurgie plastique font fureur en Corée du Sud. Une étude menée par l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery révèle que le pays du Matin calme a le taux de chirurgie esthétique le plus élevé par habitant au monde. Environ 20% des femmes âgées de 19 à 49 ans habitant Séoul ont eu recours à la chirurgie esthétique, selon le Daily Mail. Passer sous le bistouri devient ainsi une pratique courante en Corée du Sud, véritable usine de transformation, où les publicités sont omniprésentes, inondant les rues et les métros.

Par Caroline Chéhadé

La pratique est fréquente, selon l’étudiante d’origine coréenne Daniella Kim. «Ça commence jeune. J’ai de nombreuses amies qui viennent de Séoul et qui étudient ici à McGill comme étudiantes internationales et elles se font toutes des chirurgies, explique-t-elle. Une étudiante va faire une année d’études à McGill, puis elle va visiter ses parents en Corée et va revenir en automne avec des yeux différents.» Elle ajoute qu’en Corée, c’est la mode ces jours-ci pour les parents d’offrir à leur enfant une chirurgie esthétique comme cadeau de graduation du secondaire, ce qui banalise l’opération. «Les parents sont conscients que l’apparence détermine la qualité de vie», souligne-t-elle.

La chirurgie esthétique est aussi devenue un moyen pour bien vivre, pour trouver un mari et pour décrocher un emploi, puisque la société juge beaucoup l’apparence, autant sur le marché que dans la famille. «Au Canada comme dans beaucoup d’autres pays, à l’envoi du CV, il n’est pas demandé d’inclure une photo de soi, indique-t-elle. En Corée du Sud, on demande d’en joindre une.» Il n’est donc pas étonnant de voir des femmes se métamorphoser pour avoir plus de chance d’être embauchées, affirme-t- elle.

Le phénomène est similaire chez les hommes, où la beauté est basée sur la grandeur, affirme Daniella. Ainsi, plusieurs subiront des chirurgies pour être plus grands, sacrifiant la pratique du sport par la suite, fait-elle savoir. La culture sud-coréenne accorde donc un poids important à l’esthétique. Cette pression sociale liée au standard de beauté fait en sorte que la pratique ne se limite plus à des fins visant le bien- être, mais bien à des fins visant le succès. Martine Delvaux, auteure du livre Les filles en série et professeure à la Faculté des arts de l’UQAM, affirme qu’une femme peut avoir l’impression de faire cela pour elle. Il y a cependant et de toute évidence des pressions sociales au-delà de la mode, soutient-elle. «Cette pratique est une forme de contrôle exercé par les hommes sur le corps des femmes dans le but de correspondre à un idéal imaginaire», souligne-t-elle. Les femmes n’en sont pas tant responsables. Selon cette féministe, c’est l’environnement qui est à l’origine du phénomène. «On ne peut pas isoler le désir des hommes qui peuvent réellement désirer un type de beauté ni celui des femmes de vouloir s’y conformer. On ne peut reprocher à des femmes de vouloir ce qui est normal dans une vie et ce qu’il faut pour fonctionner en société, c’est-à-dire un conjoint, un emploi, etc.», ajoute-t-elle.

Influence culturelle

Martine Delvaux explique que ces chirurgies sont également opérées pour correspondre au modèle de beauté occidental et caucasien promu dans le monde comme étant l’idéal blanc, mince et aux grands yeux, à l’image d’une poupée. La culture K-Pop joue également un rôle dans le phénomène, selon l’étudiante de l’UQAM et grande amatrice de K-Pop, Sophie Lefebvre. Elle soutient que les vedettes de la K-Pop fontrêver la jeunesse par leur apparence sans failles, une valeur primordiale pour cette culture. «C’est presque ridicule. Le visuel d’un vidéoclip, les vêtements portés par les vedettes lors des performances télévisées ou les sorties officielles sont aussi importants que la musique, remarque-t-elle. Ça n’aide pas à enrayer le problème des chirurgies esthétiques.»

Risques et dangers

La chirurgie esthétique n’a pas que des avantages. «Les chirurgies comme celles-là peuvent avoir des effets néfastes sur le corps et de réelles conséquences en termes de douleur et de suicide», souligne Martine Delvaux.

Plusieurs filles se seraient suicidées après que leur chirurgie ait échouée, ne pouvant accepter d’être paralysées à la mâchoire pour le reste de leur vie. La chirurgie de la mâchoire est en effet une opération dangereuse, où 52% des patients en ressortent avec des complications pouvant aller jusqu’à la paralysie, selon une étude récente citée par l’Agence France-Presse. Enfin, Martine Delvaux croit que le phénomène devient réellement grave quand la pratique devient une obligation sous les pressions sociales: «Ce n’est plus un geste de liberté, c’est une prison».

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