Industrie de la musique: La chanson reste la même

lundi 10 mars 2014 2:00
Crédit: Nicholas De Rosa

Crédit: Nicholas De Rosa

Les rééditions perpétuelles d’albums à succès poussent certains mélomanes à accuser les maisons de disques d’escroquerie.

Par Nicholas De Rosa

Les sorties de rematriçages, ou remasters en anglais, sont payantes pour les labels discographiques. Le contenu supplémentaire habituellement inclus dans ces rééditions est un argument de vente pour les détaillants et une raison pour les fans dédiés de se procurer de nouveau un album. Le son des rematriçages, théoriquement supérieur à celui des versions originales, suscite des réactions mitigées et pousse les professionnels de l’audio et les collectionneurs à se demander si les remasters valent vraiment leur pesant d’or.

Le marché principal pour les nouvelles versions d’albums est principalement celui des grands fans d’un groupe et les collectionneurs. «En magasin, on remarque que lorsqu’un client aime un artiste, son intérêt pour les remasters est positif et il sera plus enclin à se procurer une réédition», soutient le président du secteur détail et livres de Québecor Média, la société mère d’Archambault, Donald Lizotte.

Ce n’est toutefois pas uniquement pour vivre une nouvelle expérience sonore que les passionnés d’un groupe achèteront les versions rematricées d’albums. «Quand une nouvelle version d’un album est mise en vente, la maison de disques responsable de la réédition fera beaucoup plus que simplement rematricer l’album, constate l’ingénieur du son chez Grey Market Mastering depuis 1997, Harris Newman. Elle ajoutera des photos au livret, inclura peut-être une ou deux chansons supplémentaires et fera tout pour que quelqu’un qui s’est déjà procuré l’album l’achète une fois de plus.» Les stratégies de vente des labels discographiques semblent fonctionner jusqu’à présent. Les versions rematricées des albums des Beatles sorties en 2009 ont vendu 2,25 millions d’exemplaires physiques à travers le monde en moins de cinq jours.

Dans les coulisses du son

Le processus de matriçage se déroule entre la mise en commun de chaque piste instrumentale ou vocale qui compose une chanson (le mixage) et le pressage des chansons finalisées sur les supports désirés (disque compact, vinyle, etc.). «Rematricer est essentiellement la même procédure, explique Harris Newman. L’objectif du matriçage a évolué au fil des années : dans le passé, on transférait les sons directement au vinyle sans trop les manipuler, mais maintenant c’est une démarche plutôt créative qui a pour but d’offrir la meilleure expérience sonore possible, d’où la pertinence des rematriçages.»

«Il va sans dire que la qualité du son varie d’une réédition à l’autre, d’un artiste à l’autre», souligne Donald Lizotte. Harris Newman croit même que rematricer peut dégrader le son d’un album ou l’éloignerde la vision originale de l’artiste. L’ingénieur explique que le son sur les formats analogiques, comme le vinyle, était enregistré à un niveau sonore «presque silencieux». Les formats numériques comme le disque compact produisent un son optimal seulement si le volume des pistes est beaucoup plus élevé que celui qui se trouve sur les formats analogiques. Il faut donc amplifier le son afin de le rematricer. Cela mène à une perte de fidélité sonore pour les audiophiles qui écoutent leur musique à partir d’équipement haut de gamme. Le processus peut par contre mener à une amélioration sonore pour ceux qui écoutent leur musique via des haut-parleurs ou des écouteurs de moindre qualité.

Même les collectionneurs passionnés ne sont pas toujours convaincus que le son des versions revues d’albums est supérieur à celui des éditions d’origine. Mark Lackey est un des collectionneurs des Beatles les plus célèbres de la Toile. Il est l’administrateur du site Web The Beatles Rarity depuis 2007 et possède plus de 900 disques compacts et 500 vinyles reliés au groupe légendaire, qui est connu pour avoir une multitude de versions rematricées de ses albums. «Parfois je remarque une grande amélioration au niveau du son, parfois je n’en remarque pas du tout, note le collectionneur. Il est impossible de dire si les rematriçages sont toujours meilleurs ou toujours pires que les versions originales. Par exemple, il ne semble pas que les nouvelles versions des albums en solo de John Lennon sonnent mieux, mais plutôt qu’elles ont été mises en vente juste parce que John aurait eu 70 ans lors de leur sortie.»

Selon Harris Newman, il suffit justement de regarder dans la direction des membres survivants des Beatles afin de saisir le phénomène du rematriçage. «Paul McCartney et Ringo Starr écoutent seulement les versions originales de leurs albums qui sont mastérisées en mono», fait-il savoir. Les enregistrements originaux se rapprochent de la vision originale des artistes et les rematriçages nous en éloignent dans la plupart des cas, conclut-il.

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