Se laver les mains pour chasser les démons

mardi 11 mars 2014 9:13
Crédit Flickr: Susy Morris

Crédit Flickr: Susy Morris

Les personnes atteintes de trouble obsessionnel compulsif à propos des bactéries ont constamment peur d’être en contact avec des germes, aseptisant leur environnement dans une manie incontrôlable.

Par Mariane Lajoie

 

Assis à la table,  partageant une fondue avec ses invités, Philippe* remarque que son voisin de table a osé manipuler sa viande crue avec ses doigts. Choqué par ce comportement,  il fera tout pour éviter tout au long de la soirée cet invité. Atteint d’un trouble obsessionnel compulsif (TOC), Philippe a peur d’être contaminé par les bactéries. Obsédé par la propreté, son comportement pour chasser les germes se transforme petit à petit en un rituel excessif.

Philippe fait partie du 2 à 5 % de la population canadienne atteinte par ce trouble de santé mentale. Préposé aux bénéficiaires auprès des personnes à mobilité réduite, l’homme dans la vingtaine a tranquillement développé de méticuleuses méthodes de désinfection, pour éviter que ses patients le contaminent de leurs maux. «La situation a évolué négativement dans la dernière année lorsqu’une verrue est apparue sur le dessus de mon pied, confie-t-il nerveusement. Depuis ce jour, j’ai peur d’en avoir partout.»

Les gens pris au piège avec un TOC sont incapables de sauter une étape de leur routine, car dans le cas échéant, des pensées compulsives les troublent, jusqu’à ce qu’ils exécutent leur routine habituelle. Le soulagement est toutefois de courte durée, suivi par un autre épisode de crise, dès qu’ils ont l’impression d’être en contact avec une nouvelle saleté. C’est ce qui distingue la phobie du TOC, selon la coordonnatrice du Centre de recherche de  l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal TIC-TAC-TOC, Karine Bergeron. «Les personnes qui souffrent du TOC ont peur de quelque chose, mais ce sont les conséquences anticipées ou le doute qui fait en sorte qu’ils vont adopter des comportements ou rituels et non la peur en tant que telle, comme dans la phobie.»

«Pour ne pas entrer en contact avec des germes, j’évite parfois carrément les autres, avoue Philippe. Quand ce n’est pas possible, je me lave les mains sans arrêt.» Désinfecter sa laveuse entre chaque brassée, ajouter du peroxyde et du vinaigre à son eau de lavage, utiliser sa manche pour ouvrir une porte sont des gestes qu’il répète mécaniquement au quotidien.

Selon Karine Bergeron, un TOC peut survenir à n’importe quel âge. Toutefois, les statistiques démontrent que les symptômes cliniques apparaissent généralement chez les personnes âgées de 30 ans. Toutefois, comme les gens atteints de TOC attendent en moyenne 11 ans avant de consulter, en raison de leur réticence à reconnaître leur problème, cela porterait à croire que les symptômes apparaîtraient vers le début de la vingtaine, selon elle.

Un lavage des mains c’est bien, mais 20, c’est trop

Au-delà d’une vingtaine de lavages par jour, le risque pour les mains d’être fragilisées est manifeste, croit le pharmacien du groupe Brunet, Mathieu Lavoie. «La peau est dotée de l’épiderme, qui sert de barrière contre les microbes grâce à son pH légèrement acide. L’utilisation trop fréquente de savons alcalins nuit à la flore cutanée servant à repousser les bactéries à l’origine des maladies», explique-t-il. Ainsi, en voulant se débarrasser des mauvaises bactéries, Philippe se départit également des bonnes. D’après le pharmacien, les chercheurs y voient une hypothèse à l’origine de l’augmentation constante des allergies en Occident. «Ne pas exposer assez les enfants aux bactéries empêche leur système immunitaire de se développer correctement», ajoute-t-il.

Il existe des traitements pharmacologiques et psychothérapiques pour se départir des différents TOC. Mathieu Lavoie explique que la médication traitant la dépression offre d’intéressants résultats, toute comme la thérapie cognitive comportementale. Avec les médicaments, les effets positifs se font ressentir après quatre à six semaines et lors d’une thérapie suivie assidument par une personne motivée, le taux de réussite est quasi assuré, rajoute le pharmacien. «Il faudrait que je cesse toute consommation d’alcool, que je prenne une médication et que je me fasse évaluer en psychiatrie, souligne Philippe. Je trouve ça très contraignant au quotidien, j’ai donc refusé le traitement. De toute façon, un tel diagnostic, sur le marché de l’emploi, ce n’est pas vraiment gagnant.»

«Lors de la toilette personnelle, le but est d’éliminer les bactéries avec le plus de risques pour la santé. On se lave donc les mains lorsqu’on est en contact avec des maladies infectieuses comme le rhume, ou encore après être allé aux toilettes par exemple. Mais il faut être raisonnable», recommande Mathieu Lavoie.

*Nom fictif

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