Partisans à tout prix

jeudi 13 mars 2014 2:00
Image libre de droits (Flickr)

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25 500$ pour un billet, vraiment?

Par Guillaume Perreault

Assister à des matchs de sport coûte de plus en plus cher. Le prix des billets dans le sport est un sujet qui tient à coeur de nombreux partisans, désireux de voir leur équipe préférée performer. De leur avis, payer des milliers de dollars pour un seul match est exagéré, mais à quel point? Malgré tout, la plupart des amphithéâtres font salle comble soir après soir.

Le plus récent match du Super Bowl XLVIII de la Ligue nationale de football a démontré que l’engouement était au rendez-vous malgré une fourchette de prix très dispendieuse. Un billet à la hauteur du sol et de la ligne de 50 verges vaut la modique somme de 25 500$. Bien qu’il s’agisse d’un des prix les plus élevés, la moyenne pour les billets de ce match se situait à 1000$.L’amateur de sports et ancien étudiant de l’UQAM Alexandre Dupont est d’avis que le prix ne l’empêchera pas de voir son équipe préférée. «Lorsque j’aurai un emploi permanent où je vais gagner un bon salaire et que mon équipe préférée participera au match, c’est le type de voyage qui me tenterait.»

L’exemple parfait est la hausse annuelle des billets individuels et de saison pour le Canadien de Montréal. Un abonnement de saison dans la section Desjardins B vaut 5 961$ pour 46 matchs, soit 129,59$ par match. De plus, l’achat ne comprend qu’un seul billet et non une paire de billets. Il s’agit pourtant d’une aubaine, car des billets à l’unité dans cette section se vendent approximativement 192$. En général, le partisan type payera plus de 200$ à l’achat d’un billet pour 60 minutes de «spectacle». «Montréal est une ville de hockey et l’accessibilité depuis 5-6 ans est vraiment réduite. Le fanbase de la ville est tellement fort qu’on a de la misère à se trouver des billets à des prix raisonnables», ajoute Alexandre Dupont.

Le prix des billets n’est pas choisi au hasard, mais bien selon le principe de l’offre et de la demande. Plus le bassin de partisans est grand, plus le prix des billets sera à la hausse. «Tant que la demande sera excédentaire à l’offre ou que les consommateurs seront inélastiques au prix, il y aura une hausse constante des prix», affirme François Marticotte, spécialiste en marketing du sport et enseignant au Département de marketing de l’UQAM. Les galas de boxe, par exemple, engendrent des profits avec leurs billets, mais aussi avec la télévision payante. Le prix varie entre 50$ et 70$ selon l’importance des combats. Parfois les combats durent moins de trois rounds, ce qui revient très cher la minute.

Jean Lévesque, enseignant du cours Sport, politique et société dans le monde contemporain à l’UQAM, est d’avis que l’accessibilité dans le sport peut changer la perception que nous avons du  partisan type. «Il y a eu un assez gros changement en Europe avec l’apparition des stades all seaters, qui cherchaient à éliminer les sources de violence, explique-t-il. Les troubles éclataient, le plus souvent dans les zones grillées, places debout, à prix modique.» Dans cette situation, le prix des billets avait augmenté dans le but d’offrir un siège à chacun et ainsi d’éviter le problème récurrent de la violence. «Le partisan a l’impression que le prix élevé des billets est synonyme des hommes d’affaires alors que la réalité prouve le contraire, souligne l’enseignant. Un partisan, c’est un partisan, peu importe ses moyens.»

L’Impact de Montréal mise sur une tout autre approche

Le club montréalais a effectivement augmenté quelque peu le prix de ses billets depuis quelques années. Un mot demeure toutefois dans leur camp: l’accessibilité. Au Québec, le soccer est le sport le plus pratiqué et la majeure partie des partisans du club est de jeunes enfants. Grâce à des prix moins dispendieux que pour les matchs de hockey, les forfaits familiaux de l’Impact réussissent à attirer un maximum de familles.

D’ici quelques décennies, la stratégie marketing de l’Impact devrait porter ses fruits. François Marticotte est toutefois d’avis que les stratégies distinctes du Canadien et de l’Impact ne se veulent pas absolues. «L’Impact joue beaucoup sur le fait que le soccer est une activité familiale. Il s’agit d’une activité financièrement plus accessible. Le Canadien attire davantage les enfants via leur fan club et les pratiques et activités promotionnelles.» Une grande question demeure, à quoi sert-il de payer 25 000$ pour assister à un match alors qu’on peut le regarder gratuitement dans le confort de notre salon?


 

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