Dans l’ombre du rire

jeudi 13 mars 2014 5:00

Crédit Flickr: Lolly27

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Le milieu de l’humour continue d’attirer toujours plus d’aspirants. Il n’est pourtant pas évident pour une personne de la relève de sortir du lot et ainsi se faire remarquer.

Par Florence Breton

L’École nationale de l’humour, une institution unique au monde, célébrait ses 25 ans d’existence en 2013. Chaque année, des centaines d’aspirants humoristes tentent leur chance pour accéder à la prestigieuse école, qui n’acceptera au final que 12 candidats. L’humour est un domaine où il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus. Si certains réussissent encore à tirer leur épingle du jeu et vivent de leur art, d’autres, pourtant très talentueux, restent dans l’ombre toute leur vie.

La perception de Nicolas Tremblay-Côté, finissant de l’École nationale de l’humour en 2005, a changé entre le moment où il a été admis et sa sortie de l’institution. «Au début, mon idéal était de faire les bars, que ça fonctionne, me faire remarquer, faire les festivals, puis après ça avoir mon one man show. Ça, c’est avant», se souvient-il. «Puis au fur et à mesure que j’embarquais là-dedans, je me disais que je pourrais plutôt être auteur. Puis plus ça allait et je réalisais qu’il y avait tellement de bons humoristes qui, eux, n’ont pas réussi à percer comme j’en aurais moi-même rêvé», poursuit-il. Malgré ses remises en question, Nicolas Tremblay-Côté est allé jusqu’au bout de sa formation et la websérie Plein mon cass dont il faisait partie a été nominée au Gala des Olivier en 2009.

L’humour, ce n’est pas seulement le stand-up dans les grandes salles de spectacle, rappelle la doctorante en études urbaines et membre de l’Observatoire de l’humour, Christelle Paré. Il y en a beaucoup dans les bars, à la télévision, au cinéma, à la radio et sur le Web. Malgré tout, beaucoup de jeunes rêvent d’avoir leur propre one man show. C’était le rêve d’enfance de Jazz Daoust, actuellement étudiante en cinéma à l’Université de Montréal. Passionnée d’humour depuis toujours, ses buts ont maintenant changé. Elle souhaite suivre le programme d’écriture de l’École nationale de l’humour. «Maintenant, c’est tout autant la pratique que la recherche et la théorie qui m’intéressent. J’aimerais aussi travailler avec des humoristes pour leurs textes de scène», projette celle qui espère entrer à l’École d’ici les prochaines années.

Rester dans l’ombre

Selon Nicolas Tremblay-Côté, ce ne sont pas nécessairement les meilleurs humoristes qui réussissent à se faire un nom. «Il y en a qui sont incroyablement bidonnants et qui sont meilleurs que certaines personnes en place. J’ai rencontré des gens moins talentueux qui vivent de ça», constate-t-il. Bien que Jazz Daoust ne soit pas encore dans le milieu de l’humour, elle partage cette vision. «C’est facile de faire rire les gens avec des stéréotypes qui sont sexistes, homophobes ou racistes», déplore-t-elle. L’étudiante perçoit l’industrie actuelle comme un milieu valorisant l’humour facile et vide de sens, puisque c’est ce qui se vend le mieux. «J’aimerais beaucoup travailler pour qu’on améliore la discipline», ajoute-t-elle.

Nicolas Tremblay-Côté a quitté le domaine par choix il y a deux ans et est maintenant lithographe. La flamme en lui s’est quelque peu éteinte et il sentait qu’il avait accompli ce qu’il voulait réaliser dans le milieu. «C’est normal que certains partent. Il faut que le milieu s’oxygène, que ça se diversifie», pense-t-il.

Selon Christelle Paré, l’humour détient une place prédominante dans la société québécoise. Cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’un milieu saturé. «Cela fait 30 ans qu’on se demande s’il y a trop d’humour au Québec. Pour l’instant, il y a énormément de diversité et d’humoristes de talent. Je ne pense pas qu’on puisse être saturé parce que la demande est encore là», assure-t-elle. «Médiatiquement parlant, c’est probablement le domaine culturel qui prend le plus de place», déclare celle qui s’intéresse aux industries culturelles et à l’humour.

Une relève persévérante

«Il y a plus de gens qui percent maintenant qu’il y en a déjà eu parce que justement il y en a plus qui cognent à la porte qu’il y en a eu avant, mais ce n’est vraiment pas plus facile», affirme Christelle Paré. Elle souligne qu’en 2013, 125 aspirants ont tenté leur chance au concours En route vers mon premier gala Juste pour rire. «Cela donne une idée de la relève, du nombre de personnes qui essaient de faire leur place», ajoute-t-elle. Malgré qu’il ne soit plus dans le domaine de l’humour, Nicolas Tremblay-Côté est optimiste pour la relève. «Il faut croire en soi et savoir être entrepreneur, être capable de se vendre soi-même», croit-il. Ainsi, pour percer, un humoriste ne doit pas se contenter d’avoir le talent de faire rire. Il se doit d’avoir la capacité de faire parler de lui et de réussir à saisir les opportunités en étant à la bonne place, au bon moment.

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