Avortement en Espagne: L’Église remporte la corrida

vendredi 14 mars 2014 10:55
Crédit: David Berkowitz

Crédit: David Berkowitz

Le gouvernement conservateur espagnol et l’Église font un pied de nez à la gauche et au féminisme avec la restriction de la loi sur l’avortement.

Par Prisca Benoit

Les femmes espagnoles verront restreindre leur droit d’accès à l’avortement grandement si la nouvelle loi du gouvernement conservateur majoritaire déposée le 20 décembre dernier est adoptée. Le président Mariano Rajoy et son gouvernement marchent main dans la main avec l’Église catholique espagnole pour adopter cette loi, au détriment des droits des femmes espagnoles, acquis depuis longtemps.

Avec la nouvelle loi, une femme pourra avorter seulement en raison d’un grave danger pour sa vie ou sa santé physique ou psychologique et si la grossesse est une conséquence d’un délit contre sa liberté ou son intégrité sexuelle, a indiqué le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon. Le fort penchant catholique de l’Espagne n’avait pas empêché le gouvernement en 1985 de légaliser l’avortement dans trois cas: un danger pour la santé de la femme, une malformation du fœtus et une grossesse due à un viol. Le gouvernement socialiste avait pour sa part assoupli les règles en 2010 pour permettre aux femmes de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse. La loi de 2010 n’a pas encore commencé à être tout à fait mise en pratique que le gouvernement conservateur est venu la restreindre.

Chute de l’économie et montée de l’Église

Selon la coordonnatrice à la recherche de l’Institut de Recherches et d’Études féministes (IREF), Rachel Chagnon, la crise économique qui a sévèrement touché l’Espagne pourrait être une des causes de ce revirement. «La crise économique a fait dire aux gens que le gouvernement socialiste n’était pas capable de redresser le pays, soutient-elle. La population s’est retranchée vers les valeurs plus conservatrices de l’Église catholique et du Parti populaire.»

Malgré les pressions extérieures, le président espagnol n’est pas prêt de reculer, croit Rachel Chagnon. «Le président Rajoy est convaincu qu’il suit la voie chrétienne en abrogeant le droit à l’avortement, affirme-t-elle. Plusieurs élus pensent comme lui que chaque être humain a le droit de naître différent.» Cette mesure implique que la malformation d’un fœtus ne sera plus une raison valable pour avorter, même si cela signifie que l’enfant naisse gravement handicapé.

Les femmes sans porte de sortie feront face à de graves conséquences. «Malgré ce qu’on peut penser, très peu de femmes décident de mettre leur enfant en adoption, confie l’obstétricienne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, Guylaine Asselin. Chez les jeunes filles, cela entraîne bien souvent l’abandon des études.» La restriction à l’avortement peut nuire à tout l’entourage d’une femme, croit la docteure. «C’est se tirer dans le pied que de garder un enfant dont on ne veut pas» martèle-t-elle.

Les opposants à cette nouvelle loi devront donc prendre le taureau par les cornes pour faire tomber le drapeau rouge du gouvernement conservateur.

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