L’art miniature: Un défi de taille

vendredi 14 mars 2014 2:00
Les âmes soeurs de Durand, crédit à Jean-Claude Légaré (dimensions: 7,5cm X 9,5cm)

Les âmes soeurs de Durand, crédit à Jean-Claude Légaré (dimensions: 7,5cm X 9,5cm)

Très répandu en Europe depuis plusieurs siècles, l’art miniature se fait plutôt discret au Québec. Plusieurs artistes dénoncent son manque de reconnaissance.

Justine Montminy

L’imposante beauté du paysage québécois inspire les toiles du peintre Jean-Claude Légaré depuis maintenant 36 ans, mais c’est en Europe, à des milliers de kilomètres, qu’il découvre l’art miniature. Petites toiles, minuscules pinceaux, mais surtout un incroyable désir de défi occupent désormais l’atelier du peintre. Aujourd’hui il partage son cœur entre l’art miniature et l’art de taille plus «usuelle», bien que cette première passe davantage inaperçue au Québec. Si une miniature prend en moyenne le même temps d’exécution qu’une toile de taille «traditionnelle», elle requiert souvent plus de travail, et ce, pour un marché grandement réduit.

L’art miniature est loin d’être simple. Le choix du sujet demeure le pilier principal de l’art miniature, selon Jean-Claude Légaré. «L’idée, c’est de pouvoir représenter un sujet complet dans un petit format et non de prendre un détail et d’en faire un gros plan», affirme-t-il. Grandement interpelé par le défi que lui procure l’art miniature, il crée souvent ses propres épreuves. Il a déjà reproduit une de ses fresques, de 30 par 150 pieds, en une toile miniature. «La capacité de faire un grand sujet grandiose, dans un petit format, c’est vraiment ce qui m’anime», confie Jean-Claude Légaré. Il refuse également d’utiliser une loupe lorsqu’il peint ses minuscules toiles. «C’est sur que c’est petit, mais quel est l’intérêt de peindre avec une loupe si le spectateur admire l’œuvre sans?», explique-t-il en riant.

Outre les difficultés techniques, l’aspect monétaire entre également en ligne de compte dans les difficultés de la miniature. La peintre de profession Danielle Richard raconte que «comme la toile est plus petite, l’acheteur s’attend à payer moins cher qu’une toile de plus grand format. Le public ne réalise pas toujours tout le travail qu’il y a derrière». Rares sont donc les artistes qui peuvent se permettre financièrement de pratiquer uniquement ce type de peinture.

La miniature et le Québec

Habitué de peindre sur de grandes toiles, Jean-Claude Légaré a créé sa première œuvre miniature suite à un pari qu’il a fait avec des collègues artistes il y a quelques années. «J’étais avec des amis et nous nous étions donné comme défi de faire quelque chose de très petit. Peu de temps après, nous avons découvert l’existence de l’Internationale d’art miniature de Lévis et nous nous sommes inscrits», explique l’artiste. Depuis, le peintre essaie d’y présenter une œuvre annuellement.

Danielle Richard a elle aussi tenté l’expérience de la miniature. «La miniature fait partie d’un créneau qui n’est pas grand public. Elle attire un public cible», explique-t-elle. «Cette forme d’art est un métier en soi. Je m’en suis éloignée parce que ça devenait extrêmement demandant autant pour les yeux que pour l’exécution technique», ajoute la peintre.

Chaque année, ou presque, se tient l’Internationale d’art miniature de Lévis où des artistes de partout dans le monde viennent y présenter leurs œuvres miniatures. Jean-Claude Légaré et Danielle Richard ont tous deux participé à l’événement et en gardent de très bons souvenirs. «Je trouve intéressant de participer à une exposition collective dans le but de promouvoir un type d’art. Ça change des expositions individuelles», affirme Danielle Richard. Lors de l’édition de 2013, Jean-Claude Légaré a remporté le prix de la ville de Lévis pour sa toile Les âmes sœurs de Durand.

Danielle Richard n’a pas mis une croix sur l’expérience de la miniature et serait tentée d’en refaire si l’occasion se représentait. «Pour un grand tableau, il faut sans cesse que tu te recules pour avoir une bonne vision d’ensemble. Quand tu peins une miniature, tu l’as près de toi. Il y a quelque chose d’intime là-dedans qui est très agréable», indique la peintre. Pour sa part, Jean-Claude Légaré accorde une grande importance à la miniature malgré ses nombreux projets artistiques: dans son atelier se trouve toujours un très petit panneau prêt à être peint. L’artiste attend patiemment qu’une étincelle d’inspiration traverse son esprit lui révélant ainsi son prochain défi.


 

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