Le fléau de la malbouffe au Mexique, un problème de taille

lundi 31 mars 2014 4:13
Crédit photo: Paxton Holley, Flickr

Crédit photo: Paxton Holley, Flickr

Adieu les tacos de mamá, l’obésité l’emporte au profit des industries et Coca-Cola gagne du terrain.

Katerina Frédéric

Maintenant installé au sommet de l’échelle mondiale, le Mexique a détrôné les États-Unis de son statut du pays ayant la proportion la plus élevée de personnes souffrant d’obésité. Sombre victoire: 32,8% des Mexicains adultes souffrent d’obésité contre 31,8% des Américains, selon le rapport de 2013 de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Selon la nutritionniste et coordonnatrice de l’association pour la protection des consommateurs El Poder del Consumidor, Xaviera Cabada, 71% de la population mexicaine est obèse ou en surpoids.

«Les chiffres sont catastrophiques, s’étonne le codirecteur de l’Observatoire des Amériques de l’Université du Québec à Montréal, Hugo Loiseau. Les Mexicains consomment en moyenne 1,5 litre de Coca-Cola par jour, et ce, dès le biberon.» La malbouffe a changé la culture alimentaire du pays. «Nous avons la consommation de soda la plus élevée du monde. Chaque année, chaque Mexicain boit environ 163 litres de soda», mentionne Xaviera Cabana. La nutritionniste ajoute que les gens associent ce type de boissons à un niveau de salubrité supérieur. «C’est très difficile d’obtenir de l’eau potable au Mexique et les bouteilles de Coca sont stérilisées, donc les gens peuvent en boire sans danger, avance Hugo Loiseau. Les gens ne boivent pas d’eau embouteillée en raison du coût et de la distribution.»

Les habitudes alimentaires ont pris une tangente à l’américaine avec des aliments surgelés et la restauration rapide. «Les tortillas traditionnelles sont maintenant faites à l’avance. Les fontaines d’eau potable ont été remplacées par des distributeurs de soda et les bébés sont nourris au biberon plutôt qu’au sein», se désole Xaviera Cabana.

La nutritionniste fait remarquer que les fontaines d’eau potable ont disparu après l’entrée en vigueur du traité de libre-échange avec le Canada et les États-Unis en 1994, ouvrant la porte aux industries. Lorsque Vicente Fox était président du Mexique entre 2000 et 2006, il a accordé aux industries beaucoup de permissions, dont la possibilité pour Coca-Cola de s’installer dans les écoles. Xaviera Cabana ajoute qu’il a été président-directeur général pour Coca-Cola en 1979.

 

Une santé fragile, une industrie solide

«Les compagnies n’ont pas nécessairement l’intérêt de la santé publique à cœur puisque c’est l’argent qui prime d’abord», avance le président et nutritionniste d’ÉquipeNutrition.ca à Montréal, Guillaume Couture. Il explique que ce sont les aliments riches en gras, en sucres et en sels qui sont en demande, donc les compagnies n’hésitent pas à s’y référer pour faire mousser les profits.

Les chaines de petits magasins de type dépanneur comme Oxxo ont saturé le marché alimentaire, faisant concurrence aux étals traditionnels. Hugo Loiseau explique que les citoyens y ont accès à des aliments surgelés moins chers et à cuisson plus rapide, produits à grande échelle. «Ces produits sont bourrés de mauvais nutriments», fait-il remarquer.

«Une mauvaise alimentation peut créer à long terme sur le corps des troubles métaboliques, comme du diabète, de l’hypertension, de la cholestérolémie, une augmentation des risques cardio-vasculaires ainsi qu’une réduction de la mobilité», mentionne Guillaume Couture. Le nutritionniste souligne d’ailleurs que l’effort physique est plus difficile pour une personne en surpoids, ce qui ne l’encourage pas à en faire.

Une taxe, un premier pas

Le président mexicain actuel, Enrique Peña Nieto, a annoncé en septembre dernier qu’une loi sur les boissons sucrées et la malbouffe fera partie de la lutte de son gouvernement contre l’obésité. Cela dit, l’implantation d’une taxe d’un peso par litre de soda ainsi que 8% sur le prix des aliments à haute teneur calorique ne fait pas que des heureux. Les lobbyistes sont nombreux à s’opposer à cette taxe. Selon Xaviera Cabana, les lois devront être plus strictes et mieux encadrées. «Nous croyons que la taxe aura un impact parce que les gens savent maintenant que les sodas et la malbouffe sont mauvais pour la santé», indique-t-elle.

Beaucoup d’experts s’entendent sur le fait qu’il faut réglementer les industries afin de protéger la santé publique. Investir l’argent de ces taxes dans l’éducation alimentaire serait, selon Guillaume Couture, une porte de sortie à cette crise de l’obésité.

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