La conscription pour tous et toutes

vendredi 11 avril 2014 2:19
Crédit: wikimedia commons

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La décision du Parlement norvégien de rendre le service militaire obligatoire pour les femmes en 2015 bénéficie à l’entièreté de la population du pays scandinave. Du moins, c’est ce qu’affirment les citoyens, citoyennes et représentants norvégiens, venant tous et toutes en renfort à leur gouvernement.

Nicholas De Rosa

La loi sur la conscription a été modifiée et étendue aux Norvégiennes le 14 juin dernier. Depuis, plusieurs organismes internationaux fusillent verbalement Oslo, qui défend sa décision. Le parlement affirme que sa mesure est non sexiste, égalitaire et nécessaire pour le fonctionnement sain et efficace des Forsvaret, les forces armées du roi Harald V.

D’après la ministre de la Défense de la Norvège, Ine Eriksen Søreide, l’entrée de davantage de femmes dans l’armée de son pays est essentielle. «Nous ne pouvons pas nous priver des talents de la moitié de la population lors du processus de recrutement, juge-t-elle. Nous avons besoin de plus de diversité et d’un personnel qui est capable de penser différemment.»  D’après elle, la mise en place d’un service militaire obligatoire non discriminatoire est une décision historique par le gouvernement, car il accordera l’égalité complète des obligations entre les deux sexes.

La Norvège se fixe pour objectif de porter ses effectifs militaires féminins à 20% d’ici 2020. Présentement, un peu plus de 9% des membres des forces armées sont des femmes. Svana Lysenstoen*, une étudiante norvégienne âgée de 17 ans, salue cette initiative. «Je suis privilégiée de vivre dans un pays qui traite les hommes et les femmes également, dit-elle. Ça me surprend de voir qu’un organisme féministe d’ici s’est prononcé contre la loi, parce qu’elle encourage l’égalité des sexes, donne plus d’influence aux femmes et nous valorise.»

Le ministre conseiller de l’Ambassade Royale de la Norvège au Canada, Tobias Svenningsen, est de l’avis que l’initiative des élus correspond aux valeurs actuelles de la Norvège. «Il est archaïque de penser qu’il existe aujourd’hui des services publics réservés uniquement aux hommes», lance-t-il. Ine Eriksen Søreide croit également que l’application de la nouvelle loi est «une question de principe» pour le pays.

L’égalité des sexes est indispensable au fonctionnement de la Norvège, assure Tobias Svenningsen. «Je pense qu’une majorité des gens s’entend sur le fait que l’égalité des sexes et qu’avoir une proportion élevée de femmes œuvrant dans des postes importants en Norvège ont eu un effet monumental sur l’efficacité économique de la nation», constate-t-il. Plusieurs lois encadrant l’implication des femmes dans le milieu professionnel ont déjà pris d’assaut la Norvège, mais ce n’est pas assez, croit le ministre conseiller de l’Ambassade Royale de la Norvège au Canada. «La non-discrimination entre les sexes inclut non seulement la protection légale contre la discrimination pour les femmes, mais aussi l’assurance que, à travers divers programmes sociaux, les femmes peuvent connaître des succès professionnels tout en maintenant une vie familiale», ajoute-t-il.

Svana Lysenstoen juge qu’en s’enrôlant, elle contribuera au bien commun du pays et qu’être dans l’armée pour une période de douze mois n’affectera pas sa relation avec ses futurs enfants. Tobias Svenningsen balaie également du revers de la main les critiques de divers organismes qui affirment que la nouvelle loi rendra difficile la situation familiale des Norvégiennes. «Les hommes et les femmes prennent maintenant une responsabilité à parts égales dans l’éducation de leurs enfants, donc l’argument stipulant que la manière dont les femmes complètent leur devoir citoyen en élevant les enfants n’est plus valide», commente-t-il.

D’ailleurs, la conscription dite obligatoire est appliquée en donnant un sens assez large au terme, d’après Tobias Svenningsen. Il fait savoir que les citoyens interpelés par le régiment ne participeront pas à des guerres. «Pour cela, nous avons des soldats spécialisés qui s’enrôlent sur une base volontaire», nuance-t-il. Les personnes affectées par la loi passent leur année obligatoire de service, lorsqu’ils sont âgés entre 18 et 44 ans, confinés dans une base militaire à l’intérieur de la Norvège. La seule circonstance pour laquelle ils sortiraient du pays et combattraient pour celui-ci serait si la Norvège elle-même était directement impliquée dans une guerre, ce qui est arrivé pour la dernière fois en 1945.

«La conscription en Norvège est fondée sur les principes d’égalité pour tous et de la démocratie, signale Tobias Svenningsen. Notre constitution indique clairement que la conscription s’applique à tous les citoyens, peu importe leur richesse ou tout autre facteur.» Deux cents ans après l’adoption de la conscription en Norvège, celle-ci sera finalement appliquée comme prévu originellement, sans division au sein des divisions.

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*nom fictif

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