Perdre la tête

vendredi 11 avril 2014 2:32

Vladimir Poutine a-t-il «perdu tout contact avec la réalité», comme l’a affirmé la chancelière allemande Angela Merkel? Bien sûr, l’invasion et la «libération» de force de la Crimée avaient un arrière-goût de guerre froide, mais au lieu d’évoquer le retour de l’URSS, il conviendrait mieux de parler d’un acte désespéré. Vladimir Poutine a échoué à offrir une alternative au modèle européen de développement dans les anciennes républiques soviétiques comme l’Ukraine. Plus encore, si Moscou a choisi d’envoyer ses troupes en Ukraine, c’est pour décourager les forces démocratiques russes de voir dans la révolution de Maïdan un modèle à suivre.

Lors d’une manifestation à Moscou contre l’intervention militaire en Crimée, on pouvait entendre : «La Russie est née en Ukraine, elle renaîtra en Ukraine!». C’est là ce que craint Vladimir Poutine : que les Russes ne prennent goût aux révolutions démocratiques à force de voir aller leurs voisins ukrainiens.  Il faut dire que le «modèle Poutine» est déjà passablement mis à mal par la conjoncture économique. La Russie comme la Chine maintiennent en partie leur régime autoritaire grâce à un accord tacite avec la population. Celle-ci accepte de perdre certaines libertés en échange d’une forte croissance économique. En Chine, ce concept porte le nom de «mandat céleste», alors que Vladimir Poutine préfère parler de spécificité russe en matière de démocratie. Peu importe le nom, l’économie russe vacille depuis la crise financière de 2008. Basée largement sur les exportations de gaz et de pétrole vers l’Europe (qui cherche activement une alternative), l’économie russe doit maintenant se contenter d’un taux de croissance anémique de 1,3% en 2013, alors qu’elle était habituée à des taux de 5% à 8% depuis 2000.

Les Ukrainiens se sont révoltés après que leur président, Viktor Ianoukovitch, ait choisi de signer un accord de coopération avec la Russie. L’annexion de la Crimée décidée en conséquence aura fini de convaincre une majorité d’Ukrainiens de se tourner durablement vers l’Union européenne. La Russie est donc affaiblie économiquement et vient de se brouiller avec un de ses alliés historiques, un lourd prix à payer pour occuper une péninsule de la mer Noire.

François Joly, Directeur

 

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