Des prisons qui débordent

samedi 12 avril 2014 11:00
Crédit Flickr: Dubydub2009

Crédit Flickr: Dubydub2009

Le projet de loi C-10 de Stephen Harper, augmentant la sévérité du Code criminel, occasionne une surpopulation dans le milieu carcéral québécois.

Par Mariane Lajoie

«Il y a des cellules qui au départ sont à vocation simple, mais que l’on doit doubler en y ajoutant un matelas au sol. Sans exagérer, celui qui couche au sol a pratiquement la tête dans la toilette » témoigne Catherine Malenfant*, agente correctionnelle à la prison de Bordeaux.

Les pénitenciers du Québec débordent. Parfois, c’est la qualité de vie des occupants qui en écope et même celle des travailleurs.  «Un secteur carcéral qui accueille habituellement 40 détenus en aura plutôt 52, en conservant toutefois le même nombre d’agents à la supervision» ajoute l’agente correctionnelle.

Sandra Lehalle, professeure au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, continue sur cette lancée. «Il y a atteinte à l’intimité et un accès restreint aux services et programmes, qu’il s’agisse des douches, des visites, des soins médicaux ou du support psychologique», affirme-t-elle. De plus, l’impact se fait ressentir sur les interactions sociales entre détenus ainsi qu’avec le personnel, puisque les frustrations augmentent, tout comme les possibilités de tensions et de conflits.

Les institutions doivent pallier à cette situation par différentes façons, comme en transférant les individus. «Il y a également ceux que l’on appelle les  »dodos ». Ces individus n’ont pas de cellule fixe. Ils passent leur journée dans un secteur fixe et le soir, ils dorment dans un dortoir», ajoute Catherine Malenfant.

Le moment le plus achalandé dans une prison est la fin de semaine. Les personnes intermittentes, donc les accusés qui purgent leur peine de façon discontinue, y viennent pendant ces deux jours, augmentant ainsi le nombre de prisonniers. «On doit placer les intermittents dans le sous-sol de la buanderie, où l’on place plusieurs matelas au sol», raconte l’employée de Bordeaux.

La conseillère principale en relation avec les médias du Service correctionnel du Canada (SCC), Mélissa Hart, se veut toutefois rassurante sur la démarche mise de l’avant par le SCC pour s’ajuster au problème. «De nombreux tribunaux ont affirmé que la pratique de la double occupation des cellules, si elle est bien gérée, ne viole pas le droit constitutionnel ou les droits de la personne, indique-t-elle. Lorsqu’il est nécessaire de loger deux détenus dans une cellule, une évaluation doit être effectuée afin de déterminer qui sera placé avec qui.»

«Cette surpopulation est due à la loi de Harper. Il garde en prison pratiquement tous les prévenus, c’est-à-dire les individus ayant commis un délit et qui sont en attente de procès. Dans la prison de Bordeaux, la moitié des résidents sont des détenus, et l’autre moitié, des prévenus» s’exclame Catherine Malenfant, outrée. Le projet de loi C-10, adopté en 2012 par le gouvernement conservateur, est venu modifier des articles Code criminel, en prolongeant les détentions entre autres.  Pourtant, selon Statistique Canada, le taux de criminalité au Canada ne cesse de diminuer depuis 1991, alors qu’il était de 10 342 crimes pour 100 000 habitants, et qu’en 2012, le nombre était de 5 588.

Le gouvernement du Québec tente de corriger la situation. Il a récemment signé un contrat de dix ans avec le Service correctionnel du Canada pour reprendre la prison Leclerc à Laval, qui était fermée depuis septembre 2013 et qui, à l’automne, ouvrira ses portes à  775 détenus. «Le SCC a entrepris la construction de nouvelles unités résidentielles dans bon nombre de ses établissements et prévoit accroître sa capacité d’accueil de plus de 2 700 places au cours des prochaines années dans ses établissements pour hommes et pour femmes d’un bout à l’autre du pays», dit fièrement Mélissa Hart.

La professeure Sandra Lehalle y voit toutefois d’autres alternatives. «Il faut réduire l’usage de la détention et non pas créer plus de places de prison, affirme-t-elle. Il faut commencer par éduquer, informer la population et exercer des pressions sur les politiciens afin que l’on réalise que l’incarcération n’est pas la solution pour gérer les problèmes sociaux et la petite délinquance qui constitue la majorité de la clientèle et des problématiques des prisons provinciales.»

 *Prénom fictif

Leave a reply

required

required

optional