Monnaie virtuelle: L’ambition d’Auroracoin

dimanche 13 avril 2014 10:00
Illustration: Isabelle Langlois

Illustration: Isabelle Langlois

Un projet de monnaie virtuelle a pour mission de déloger la couronne islandaise.

À peine quelques mois se sont écoulés depuis la crise du BitCoin qu’un mystérieux entrepreneur, Baldur Friggjiar Odisson, fait le pari de lancer une nouvelle monnaie virtuelle à l’échelle nationale en Islande. Cette monnaie du nom d’Auroracoin est disponible depuis le 25 mars.

Par Raphaëlle Hannah Petitclerc-Vilandré

Le promoteur du projet d’Auroracoin ne cache pas ses ambitieuses intentions : remplacer à long terme la monnaie nationale islandaise, le Krona. Cette dernière a été fortement dévaluée depuis que le secteur bancaire de l’Islande s’est littéralement effondré avec la crise financière de  2008. Baldur Friggjiar Odisson considère que «le peuple d’Islande a été sacrifié sur l’autel d’un système financier corrompu contrôlé par l’élite et appuyé par le gouvernement». Il  écrit sur la page principale de son site Web que «le pouvoir doit être retiré aux politiciens et redonné au peuple».

Derrière ses allures de Robin des Bois des temps modernes, l’entreprise soulève de sérieux questionnements quant à sa transparence. Son siège est situé au Panama et le nom de Baldur Friggjiar Odisson ne figure dans aucun registre du gouvernement; il s’agit donc d’un pseudonyme.

On en connaît très peu sur l’entreprise à l’origine de cette monnaie. Seul un site officiel, auroracoin.org, explique ses démarches. Cette monnaie numérique est construite à partir du même protocole que le BitCoin : un algorithme informatique permet l’augmentation progressive de la devise pour finalement plafonner à 21 millions d’Auroracoins. La particularité de cette monnaie se trouve dans sa distribution. On peut lire sur le site que 50 % des Auroracoins seront  «déminés», puis  directement versés dans les portefeuilles des Islandais à partir du 25 mars.

Les Islandais devront se connecter à un site depuis leur compte Facebook pour réclamer le montant. Les 320 000 habitants du pays recevront 38,1 Auroracoins, soit une valeur d’un peu plus de 400 dollars canadiens chacun.

Mise en garde

Les autorités financières et les banques du monde entier ont émis des mises en garde à l’endroit des cryptomonnaies, qui n’ont pas de cadre légal et ne protègent donc pas ses acheteurs. La Banque du Canada a refusé d’accorder une entrevue à L’Esprit Simple, mais elle assure que les autres autorités responsables de la supervision du système financier surveillent les développements dans la monnaie digitale et les méthodes de paiement alternatives au Canada.

La monnaie virtuelle comporte d’autres risques. «Ce qui est dangereux c’est que le prix de ces monnaies virtuelles se fixe sur un marché en fonction de l’offre et de la demande, et ce, sans contrôle», explique le professeur d’économie au Lycée des Graves à Bordeaux, Didier Rivaillé.

Dans les marchés classiques, l’État peut servir de régulateur, en menant des politiques monétaires selon la conjoncture économique. «Quant à cette monnaie virtuelle, il n’y a pas d’autorité étatique derrière, donc pas de contrôle dans la création monétaire et surtout pas de prêteur en dernier ressort comme une Banque centrale qui peut ainsi protéger la monnaie», ajoute le professeur d’économie.

Cette monnaie virtuelle peut donc subir de fortes fluctuations. «C’est d’ailleurs ce qui attire les spéculateurs», lance Didier Rivaillé. L’Auroracoin vaut actuellement 11,41$ l’unité, mais le prix risque de baisser une fois que les Islandais utiliseront la cryptomonnaie.

Avenir incertain

Pour Frédéric Portaria-Janicki, étudiant en génie électrique, cette nouvelle technologie a néanmoins du potentiel. Il est lui même «mineur» de monnaie virtuelle. Il explique qu’un «mineur» est à la recherche de cryptomonnaie sur internet comme un prospecteur d’or filtrait l’eau à la recherche de filons d’or: c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on utilise le terme «mineur» pour désigner son activité. Les «mineurs» doivent, à l’aide de logiciels, résoudre des équations complexes qui leur permettent de trouver de la monnaie électronique.

«Il y a des avantages à cette monnaie.  L’idée de base est qu’il n’y a aucun intermédiaire centralisé et aucuns frais», indique Frédéric Portaria-Janicki, qui espère la réussite de la monnaie virtuelle.

La première étape de distribution s’échelonnera sur quatre mois pour permettre ainsi aux 320 000 Islandais de réclamer leur part. Le site internet officiel annonçait que 12 600 citoyens d’Islande avaient accédé à leurs 38,1 Auroracoins depuis le 25 mars, soit 4% de la population.

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