20 ans du génocide au Rwanda: Une paix à rebâtir

dimanche 13 avril 2014 12:00
Crédit: Flickr, Aku Periwada

Crédit: Flickr, Aku Periwada

20 ans après l’un des génocides les plus meurtriers du 20e siècle, le Rwanda tente de retrouver une paix sociale. La notion d’ethnie qui divisait Hutus et Tutsis a été abolie, mais les agissements du président Paul Kagame enflamment la communauté internationale. Entrevue avec le journaliste indépendant Boris Proulx, posté à Kigali, où il réalise une série de reportages sur le pays.

Par Catherine Lamothe

Q. Le président Paul Kagame est vivement critiqué en Occident, mais est-il apprécié du peuple rwandais?

R. Le président Kagame a mauvaise presse à l’international, mais il a fait beaucoup ici en termes d’infrastructures. Il a notamment construit de nouvelles routes et investi dans plusieurs programmes. La corruption a diminué au Rwanda et le pays est en voie de retrouver son indépendance économique. Donc effectivement, malgré les critiques de l’Occident à son égard, Paul Kagame demeure très populaire auprès des Rwandais.

Q. Quelles sont les principales critiques de l’Occident face au président du Rwanda ?

R. La Constitution rwandaise a aboli en 2003 la notion d’ethnie, qui divisait Hutus et Tutsis. On reproche aujourd’hui à Paul Kagame de se servir de cette notion d’ethnie pour évincer ses adversaires politiques. Il faut comprendre que le racisme est un propos potentiellement explosif au Rwanda. Beaucoup d’adversaires politiques du pays, comme le Congo, utilisent encore le racisme et la notion d’ethnie pour justifier leur action militaire. Oui, l’Occident critique beaucoup, mais à l’interne, les Rwandais voient cette abolition de la notion d’ethnie comme une solution inévitable au racisme.

Q. En tant que journaliste au Rwanda, comment qualifieriez-vous la liberté d’expression au pays ?

R. La liberté d’expression est inexistante au Rwanda. Ici, la critique est invisible et impossible, d’ailleurs ça fait partie du tempérament des Rwandais. Ce sont des gens qui culturellement ne se permettent pas de dénoncer quoi que ce soit, surtout pas le gouvernement en place.

Q. Quelles traces reste-t-il du génocide au Rwanda, 20 ans plus tard ?

R. Il y a encore un profond traumatisme au Rwanda. Le génocide domine tout, la guerre civile a divisé le pays et je vois les traces de ça tous les jours. Ici, tu as deux profils sociologiques : il y a des survivants du génocide et l’autre partie de la population, c’est tous les Rwandais éparpillés dans d’autres pays qui sont revenus après le conflit. Quand Kagame a pris le pouvoir, c’était une promesse pour le peuple rwandais que le pays retrouverait la paix et une bonne gouvernance. Pour eux, c’est tout ce qui compte aujourd’hui.

Q. Quel rôle le Québec a-t-il joué dans le génocide au Rwanda ?

R. Au début des années 90, il y avait énormément de Québécois au Rwanda et quand le Front patriotique rwandais (FPR) est entré au pouvoir, l’élite est partie. Je trouve qu’il y a énormément de négationnisme au Québec, on a eu un sale rôle au Rwanda et on ne revient jamais là-dessus. C’est l’aspect le plus troublant d’être québécois, on critique le président Kagame, mais on n’est pas prêts à revenir sur le rôle qu’on a joué pendant et avant le génocide.

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