Tourisme: Quand les Chinois débarquent en ville

dimanche 13 avril 2014 2:00
Crédit: Flickr, Chinese Tourists

Crédit: Flickr, Chinese Tourists

Appareil photo en main, sourire fendu jusqu’aux oreilles, les touristes chinois sont de plus en plus nombreux à partir à la conquête du monde.

Par Daphnée Malboeuf

En 2013, 97 millions de touristes chinois ont parcouru la planète à la découverte de nouveaux horizons, selon une étude de l’Organisation mondiale du tourisme. Avec des dépenses atteignant 102 milliards de dollars par année, ils se hissent désormais au sommet de la clientèle la plus dépensière au monde, dépassant même les touristes allemands et américains, pourtant très aventuriers.

«Il y a une douzaine d’années, la Chine était un pays communiste, fermé aux communications et au tourisme, explique le titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM, Paul Arsenault. Les Chinois n’avaient pas la possibilité de voyager comme bon leur semblait.» Seuls les étudiants pouvaient obtenir une dérogation à cette règle informelle en allant étudier à l’étranger. Même les voyageurs d’affaires étaient extrêmement contrôlés par le régime lors de leurs déplacements. Depuis une décennie, la situation est devenue complètement différente.

«L’explosion de l’économie chinoise a été le deuxième facteur de leur ascension, puisqu’elle a permis de développer une classe moyenne aisée au sein de la société», soutient Paul Arsenault. Selon le rapport Hurun Wealth Report 2013, la Chine compte 2,8 millions de millionnaires, dont 8 100 d’entre eux possèdent une fortune supérieure à 17 milliards de dollars. D’après cette même étude, les Chinois issus de la classe moyenne voyagent trois fois par an, tandis que les millionnaires prenaient environ 15 jours de vacances en 2013. Pour l’Administration nationale du tourisme [de Chine], l’expansion de la classe moyenne chinoise, deuxième économie mondiale, ainsi que les dépenses des touristes chinois à l’étranger devraient poursuivre leur ascension.

Paul Arsenault explique que le gouvernement chinois a établi un nouveau système en 2008: les pays doivent maintenant obtenir un statut de destination agréée pour avoir le droit de faire de la promotion en Chine et recevoir des touristes chinois. «Les citoyens doivent voyager en groupe et ceux-ci doivent être organisés par des agences contrôlées par le gouvernement», raconte l’expert.

Depuis que le Canada a obtenu en juin 2010 le statut de destination approuvée, où les Chinois pouvaient voyager librement au pays, Statistiques Canada a dénombré  près de 32 200 voyageurs chinois au Québec, soit une augmentation de 90 % par rapport aux chiffres de 2009. Leur permettant de voyager plus facilement au pays, l’obtention de ce statut était primordiale afin d’augmenter considérablement le nombre de voyages de loisirs.

En février 2013, le Canada accueillait 29 400 voyageurs chinois, une augmentation de 31 % par rapport aux chiffres de l’année passée à pareille date, toujours selon les données de Statistiques Canada. Même si le nombre de visiteurs chinois au Canada est en hausse, il ne représente cependant qu’une fraction des 83 millions de voyageurs chinois dans le monde entier. «Il n’y a pas de vols directs en destination du Québec et il faut dire qu’en Amérique du Nord, il y a plusieurs autres destinations importantes à voir, comme New York, Washington et Chicago, souligne Paul Arsenault. D’un point de vue urbain, il y a différents compétiteurs au Québec.» Il estime que le Canada reste une destination éloignée et extrêmement coûteuse en termes de transport, tandis que pour un paysage tout aussi époustouflant, les touristes chinois peuvent se tourner vers l’Australie, qui n’est qu’à trois heures de vol.

Plusieurs États, conscients de la rentabilité des touristes chinois, rendent l’obtention d’un visa plus facile. «C’est un marché qui n’existait pas avant, donc les États se battent pour aller chercher des parts de marché de cette nouvelle manne qui rapporte beaucoup d’argent», estime Paul Arsenault.

Dans un article du Réseau veille tourisme, l’experte en tourisme Aude Lenoir  soutient que les Chinois perçoivent les voyages internationaux comme une marque de prestige qui leur confère un statut social plus élevé; ils veulent alors pratiquer des activités distinctives. Pour les experts du Réseau veille tourisme, le but n’est pas de les faire sentir comme dans leur pays, mais plutôt de s’adapter à leurs besoins linguistiques et alimentaires, à leurs attentes et à leurs habitudes de vie, qui sont pour l’instant bien différentes des Occidentaux ou des Japonais par exemple.

Bien qu’ils soient plusieurs à arpenter les rues du Quartier chinois montréalais, appareil photo en main, les Chinois sont peu nombreux à visiter le Québec de leur propre gré. Les experts dans le domaine affirment que le Québec doit continuer à se mettre sur son 36 s’il veut devenir une destination de choix aux yeux de cette riche clientèle.

 

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