PerceVOIR l’art

mardi 15 avril 2014 12:00
Crédit Flickr: BAW Online

Crédit Flickr: BAW Online

Pouvoir apprécier l’art représente tout un défi pour les personnes aveugles. Les moyens mis à leur disposition pour percevoir l’art et la culture ne sont pas parfaitement adaptés à leurs besoins.

 Par Marilou Muloin-Robitaille

Chantale Goyette a perdu la vue graduellement depuis une quinzaine d’années. Âgée de 41 ans aujourd’hui et mère de deux adolescentes, Chantale avoue s’ennuyer du dessin qu’elle pratiquait autrefois. «Avant je dessinais, maintenant je ne le fais presque plus», raconte-t-elle. Chantale souhaite tout de même poursuivre ses démarches artistiques avec le peu de vision qu’il lui reste.

Le service des loisirs occupe une place importante à la Fondation des aveugles du Québec. «On fait des activités pour inciter les jeunes à bouger le plus possible, mais on fait aussi des activités récréatives, comme du traineau à chien, du bricolage, des glissades et on va visiter des musées», raconte la directrice du service de loisirs de la fondation, Véronique Bélanger. En adaptant les matériaux et les techniques utilisées, il est facile pour les non-voyants de faire du dessin, de la peinture ou encore de la sculpture. Mélanger la peinture à du riz ou de la farine, par exemple, leur permet de différencier les couleurs. Il est également possible de créer du relief avec du moustiquaire sous la feuille à dessin ou utiliser de la pâte à modeler odorante. «C’est avec les textures et les odeurs qu’on peut arriver à faire du bricolage avec eux», précise la directrice.

Sculpter un art à leur vision

La sculpture est une tâche facile pour les personnes aveugles qui ont développé leur sens du toucher. «Le dessin me manque beaucoup, c’est pour ça que j’ai fait beaucoup de pâte à modeler avec mes filles. J’aimais ça et c’était facile», ajoute Chantale Goyette. Une personne devenue aveugle perd du même coup ses points de repère et doit apprendre à travailler autrement. Pour sa part, Chantale utilise ses deux mains pour suivre ses traits de crayon et ainsi obtenir le meilleur résultat possible.

Les personnes souffrant d’un handicap visuel apprennent également à développer le sens de la perception. «Percevoir, ça fait partie d’un autre de nos sens, explique Chantal Goyette. On ne voit pas les personnes en mouvement, mais on peut sentir comment elles se sentent.» C’est la même chose qui arrive dans les films. «Juste par la musique, on peut savoir ce qui se passe.»

Malheureusement, les adaptations pour les non-voyants ne sont pas au point dans tous les domaines. «Souvent, il n’y a pas d’adaptation au cinéma. On va en voir plus dans les émissions de télévision, où on décrit les scènes», raconte Véronique Bélanger. Il s’agit d’ailleurs d’un élément très apprécié chez les non-voyants, comme le souligne Chantale Goyette, qui aimerait que le service de vidéodescription soit offert sur toutes les chaines de télévision. «C’est comme si on lisait un livre, explique-t-elle. Ce que je trouve plate par contre, c’est que c’est seulement disponible quand tu écoutes une émission en direct et sur certaines chaines seulement.»

Le cinéma et la télévision ne sont pas les seuls domaines où une adaptation est nécessaire.  La mère de 41 ans estime que des mesures pourraient être prises pour rendre l’accès aux arts plus facile pour les gens comme elle. Parmi les 110 000 personnes atteintes d’un handicap visuel au Québec, ils sont très nombreux à avoir un résidu visuel, c’est-à-dire qu’il leur reste un peu de vision. «Je suis certaine qu’il y aurait moyen pour ceux à qui il reste un peu de vision d’aller au musée. Il existe surement des façons d’adapter les visites pour les non-voyants», soutient Chantale Goyette. Elle a d’ailleurs exprimé le désir de visiter des musées de sculpture, comme le Musée Grévin.

De nombreux services, souvent méconnus, sont disponibles pour les groupes de non-voyants pour agrémenter certaines de leurs visites. «Dans les musées, on a souvent des passe-droits, explique Véronique Bélanger. Tout ce qui est sculpture ou relief, la majeure partie du temps, on a le droit d’y toucher.» Des services d’audioguides sont également offerts et sont particulièrement appréciés chez les non-voyants. «On va beaucoup miser sur les guides en personne aussi, qui vont vraiment raconter l’histoire derrière les toiles ou les sculptures», poursuit la directrice du service des loisirs de la Fondation des aveugles du Québec.

Véronique Bélanger profite d’ailleurs de l’occasion pour souligner l’importance de l’art chez les personnes aveugles. «Pratiquer l’art ou juste se défouler en faisant un sport quelconque, c’est libérateur, un peu comme pour n’importe qui. C’est très soulageant de faire de l’art et de participer à des activités», s’exclame-t-elle. Même si les personnes souffrant d’un handicap visuel ne peuvent pas apprécier l’art de la même manière que les autres, il leur est possible d’en profiter tout autant si les ressources nécessaires sont à leur disposition.

1 Comment

Leave a reply

required

required

optional