L’ombre d’un géant

mardi 15 avril 2014 3:00
Crédit: Marie-Audrey Perron

Crédit: Marie-Audrey Perron

Chevalier servant des Québécois pendant quatorze ans, Rémy Trudel profite de sa retraite pour être plus actif que jamais. La vie après la politique.

Par Marie-Audrey Perron

Professeur, conférencier, auteur: l’ancien ministre péquiste n’arrête pas une seconde depuis la fin de son dernier mandat. Élu en 1989 dans la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, le député devient ministre en 1996, lors de l’arrivée de Lucien Bouchard à la tête du Québec. Responsable des affaires étrangères, de l’agriculture et de la santé, il s’incline à l’élection de 2003.

Auparavant recteur de l’Université du Québec en Abitibi, Rémy Trudel s’est retrouvé à sa surprise ministre de l’Agriculture. «Je savais deux choses : les poules ont deux pattes, les vaches en ont quatre», plaisante-t-il. Selon lui, ce ne sont pas les connaissances qui comptent, mais la volonté d’aider les gens. «Pour réussir, il faut accepter que tu ne saches rien». Il maintient que c’est l’administration publique qui aide les élus à comprendre leur emploi. Les ministres, pour éviter la complicité malsaine, ne sont en place que deux ans en moyenne. Les fonctionnaires y sont en permanence. C’est la principale arme du politicien.

En 2003, lorsqu’il perd son siège face au libéral Daniel Bernard, la vie de Rémy Trudel  bascule. «J’étais paralysé. Je l’ai vécu difficilement». L’homme met un an à s’en remettre: «On est au cœur de l’action et puis plus rien». Avec le recul, la nouvelle passe mieux. «Tu n’as plus à assister aux clubs de l’âge d’or le samedi», blague-t-il.

La politique est une vraie dope, croit l’homme. «Quand j’ai arrêté, c’était physiologique, ça me manquait. Je faisais 5000 km de vélo pour compenser!» La poussière retombée, il s’est tourné vers des organisations pour continuer son implication. «C’est un gars sympathique, proche des gens. Il a une préoccupation perpétuelle pour tous les dossiers», raconte l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, peu étonné de l’investissement de l’ex-député.

 «Je me suis bâti une personnalité internationale, ce que je n’avais jamais eu le temps de faire», déclare le professeur.  Il s’est notamment engagé dans la politique au Congo pour soutenir un candidat prometteur. «Ailleurs, tu peux aider plus que dans ton pays. Il y a tellement de grands drames!» C’est l’amour des gens et la possibilité d’aider les moins nantis qui l’a poussé en politique. «Il était très conscient des problèmes des Amérindiens. Il voulait que leur niveau de vie augmente», témoigne son ancien chef.

L’Amérique du Sud est un autre endroit où Rémy Trudel a œuvré. «Je travaille beaucoup avec le Brésil. Ils ont une participation citoyenne incroyable et j’aimerais que ça soit comme ça ici», dit-il. La Conférence luso-francophone de la santé consacrée au soutien du français (COLUFRAS), dont il est le président, veut favoriser l’usage des langues latines en santé. «Au Brésil, ils sont 200 millions à parler portugais, indique-t-il. Ici, on parle français. On se bat pour que l’anglais ne nous écrase pas.» La langue fait partie de la culture et est importante pour lui.

Dix ans plus tard, la vie politique reste présente pour l’ex-député. Ses mandats ont changé sa vie à jamais. «La politique, ça te coûte ta famille. Tu n’es pas là ! Un jour, ta blonde te dit de rester à Québec et c’est correct», raconte-t-il. Il n’a pas de regrets. Encore aujourd’hui, face à la politique, il ressent la même adrénaline.

Il déplore seulement que cette carrière ait des répercussions sur son emploi présent. «Quand tu sors, tu es dans le mauvais camp. Tu es étiqueté», explique Rémy Trudel. Président d’une ONG, il a dû attendre des années pour que les médias le contactent. «À leurs yeux, je restais le péquiste».

Fin de mandat ardue

Le député a été nommé ministre de la Santé après Pauline Marois. Si cela a pu lui coûter sa réélection, l’homme pense que c’est allé plus loin. «Ça a joué contre moi pendant mon mandat. Les docteurs ont décidé qu’ils me faisaient la peau. J’ai mis sur pied les groupes de médecine familiale; ils n’en voulaient pas à Montréal. J’ai tenu mon bout». Deux mois plus tard, le premier ministre le mettait à un autre poste.

Il croit que c’était inévitable. Selon lui, les docteurs ont toujours eu une place prépondérante auprès du premier ministre. «C’est le poste le plus difficile au gouvernement», confirme Bernard Landry. Il soutient que Rémy Trudel s’est bien débrouillé malgré les contraintes.

Le sourire aux lèvres, Rémy Trudel admet qu’il a eu envie de retourner en politique. «Tous les jours!», affirme-t-il. Il se raisonne : l’avenir du Québec n’est plus entre ses mains, mais il a d’autres projets qui l’attendent.

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