Thérapies anti-gais «Empêche tes désirs et tes envies de te contrôler»

mercredi 16 avril 2014 5:25
Illustration: Isabelle Langlois

Illustration: Isabelle Langlois

Depuis que l’homosexualité n’est plus un diagnostic de maladie mentale, certains groupes font des pieds et des mains pour la régler en tentant de retracer les erreurs de parcours qui l’aurait causée.

Par Benoit Lortie-Joe

Certains affirment que l’on peut guérir l’homosexualité. Ou du moins, s’en affranchir. Cette idée de la différence sexuelle comme un problème qu’il faut résoudre est soutenue par des groupes conservateurs qui rejettent la fatalité de l’orientation sexuelle. En 2013, l’État de la Californie a adopté une loi qui interdit les thérapies visant à renverser les préférences sexuelles.

Ce qui a mené à ce projet de loi, ce sont les différents groupes d’aide pour se libérer de l’homosexualité. Ceux-ci sont fortement contestés pour le mal qu’ils causent, loin de compenser les rares cas de gais «rescapés». Ce que l’on suggère dorénavant est l’unique voie de l’acceptation de soi. Cette façon de voir les choses donne une arme aux tenants de la thérapie anti-gais, ou thérapie de conversion. Ils répondent que la liberté de choix est ainsi bafouée. Selon eux, c’est dire aux homosexuels que leur orientation marginale est une fatalité à tout bonnement accepter.

Depuis plus de 40 ans maintenant, l’homosexualité est décriminalisée au Canada. Malgré toutes les tentatives pour renverser la vapeur, il demeure que le taux de réussite de ces thérapies est à peu près nul. Pire, celles-ci accentuent bien souvent les idées noires des individus «traités», renforçant au final leur angoisse et leur sentiment d’impuissance à agir sur leur propre vie. «C’est toujours sur un fond religieux que les organismes anti-gais opèrent, ajoute Steve Foster, récipiendaire du prix Droit et Liberté 2013 en reconnaissance de sa contribution aux avancées des droits et libertés des communautés LGBT. C’est pour se fidéliser aux vieux écrits que des gens s’évertuent à régler la question de l’homosexualité. C’est de l’idéologie pure et dure.»

Une ouverture d’esprit apparente est à l’origine de Ta vie, ton choix (TVTC), le premier organisme francophone au Canada qui aide à la conversion sexuelle pour les homosexuels et bisexuels malheureux de leur condition. Sur leur site internet, la docteure en sexologie clinique Marie-Paul Ross raconte qu’il y a de vrais homosexuels authentiques qui n’ont pas besoin de changer quoi que ce soit. «Mais le problème est que la grande majorité des personnes qui se disent homosexuelles ne le sont pas vraiment», ajoute-t-elle.

Les tenants de cette position circonscrivent leur hypothèse dans ce qu’ils appellent la cristallisation de la sexualité, qui aurait lieu environ à l’âge de six ans. Les facteurs qui l’influencent sont principalement l’entourage et des liens positifs et négatifs qui nous forgent un caractère spécifique. C’est ainsi que nous allons compléter ce que nous sommes dans l’intérêt que nous porterons aux gens du sexe opposé ou à ceux du même sexe. Plusieurs scénarios sont possibles donc, il n’y a pas un cas de figure unique, attribuable à tous les cas d’homosexualité.

Pour Steve Foster, qui est également président de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec, l’homosexualité est fort probablement déjà ancrée dans l’être à sa naissance et, même si ce n’était pas le cas, «le seul véritable choix qu’a l’homosexuel est d’accepter ou non ce qu’il est.»

S’accepter comme homosexuel n’est pas tout. L’identification à une communauté peut avoir certes des effets bénéfiques, mais il demeure que même dans la culture gaie, il y a des stéréotypes desquels on pourrait, avec raison, vouloir s’affranchir.

Valérie, 33 ans, est amoureuse de Lyne. Ce qui rend son histoire spéciale, c’est que Valérie n’avait jamais été attirée par les femmes auparavant. «On s’est connues au travail, on était des bonnes chums, on se voyait souvent et on était très amies. Je savais qu’elle était aux femmes. Je n’avais aucun problème avec ça. Puis, l’amour est arrivé tout naturellement», raconte-t-elle. Mère de deux enfants, la nouvelle homosexuelle choisit de faire vie commune avec la femme qu’elle aime. «Je l’ai expliqué à mes garçons avec la même ouverture que je l’ai accepté moi-même. Je dirais que dans mon cas, l’homosexualité est un choix, affirme Valérie. Mais ma blonde, elle, ce n’est pas son choix. Donc, le faire accepter aux autres quand tu dis que c’est ton choix, c’est beaucoup plus facile.»

Selon Steve Foster, si la bisexualité demeure rarement un sujet d’avant-plan, c’est qu’elle est marginalisée tant par les personnes hétérosexuelles, que par la communauté gaie. «Vivant ainsi une double discrimination, ils sont souvent peu enclins à témoigner de leur expérience», dit-il. «L’individu est-il unique? Cela devrait être la question de départ. On ne peut pas guérir qui nous sommes, voilà la réponse», affirme le doctorant en sociologie Jonathan Martineau.

La loi passée en Californie est un précédent qui fera certes des petits. Plusieurs autres États sont déjà en train de préparer des projets de loi semblables pour criminaliser les groupes conservateurs religieux qui tentent toujours en 2014 de réprimer la diversité.

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