Demandeurs d’asile en Australie: Chercher le paradis et trouver l’enfer

jeudi 17 avril 2014 9:30

Manus Island

 

Mort d’homme et maltraitance sur l’île Manus : demander l’asile au gouvernement australien, puis en pâtir.

Par Catherine Lamoureux

Colonisée par des centaines de prisonniers, destination privilégiée de jeunes routards libidineux, l’Australie offre un accueil plutôt hostile aux chercheurs d’asile.  Sitôt arrivés par bateaux, sitôt redirigés à l’île Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée, leurs conditions ne seront guère meilleures que ce qu’ils fuyaient au départ.

En juillet 2013, le gouvernement australien décide de fermer ses portes aux immigrants clandestins. Ils sont alors environ un millier à arriver chaque jour par bateau. «Le gouvernement australien pense que ces voyages sont si dangereux que les conditions dans les centres de détention vont en dissuader d’autres de venir de cette façon. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés répète pourtant que ces transferts violent le droit international», explique l’avocat et directeur de Humanitarian Research Partners, Ben Pynt.

«Nous sommes restés cinq jours et demi à l’île Manus et avons rencontré plus de 60 demandeurs d’asile, employés et politiciens. Nous avons publié notre rapport en décembre», indique le coordonnateur de la campagne pour les réfugiés d’Amnistie internationale en Australie, Graeme McGregor. «Notre conclusion est que le gouvernement australien traite de façon délibérément cruelle ces demandeurs d’asile, et ce, dans d’humiliantes conditions. Une pression psychologique est exercée afin de les inciter à retourner dans leurs pays d’origine sans même évaluer s’ils sont de véritables réfugiés», ajoute-t-il.

Alors que le rapport d’Amnistie internationale faisait état de 1100 demandeurs d’asile à l’île Manus en novembre, un des réfugiés voulant conserver l’anonymat déclare qu’ils sont maintenant plus de 1600 personnes. Les femmes, enfants et hommes arrivant en famille sont par ailleurs transférés à Nauru, où les infestations de rats sont monnaie courante, selon Ben Pynt et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Les situations décriées dans le rapport d’Amnistie internationale sont nombreuses : manque d’eau, d’espace, de nourriture et d’équipement sanitaire. Les communications ne sont guère accessibles pour ces infortunés qui aimeraient contacter leurs proches. Un régime de peur s’y est installé.

Le 17 février dernier, une vague de protestations a déferlé à l’île Manus. Un jeune homme de 23 ans, Reza Barati, y a perdu la vie. Les détails de cette nuit demeurent nébuleux: des coups de barres d’acier, bâtons et fusils ont été rapportés. L’agence de presse Reuters évoque également un minimum de 77 blessés. «Les demandeurs d’asile ayant communiqué avec des avocats ont été les pires blessés, ils vivent maintenant dans la peur constante de nouvelles attaques», précise Ben Pynt.

L’Esprit Simple n’a pas réussi à obtenir les commentaires des gouvernements papouan-néo-guinéen et australien. Sur le site internet du gouvernement australien, on retrouve un décompte des jours qui se sont écoulés depuis l’arrivée du dernier bateau rempli de passagers clandestins.

Et depuis cet incident, la vie continue…

Élu en 2013 avec la promesse électorale «d’arrêter les bateaux», le Premier ministre australien Tony Abbott y accorde toujours une grande importance, tout en souhaitant que «les morts cessent». Aux médias locaux, il a indiqué que la mort de Barati s’est faite à l’extérieur du centre et son ministre de l’Immigration, Scott Morrison, a déclaré que les demandeurs d’asile se sont mis eux-mêmes à risque avec leurs protestations violentes.

Selon Graeme McGregor d’Amnistie internationale, le pays pourrait faire beaucoup mieux. «Pour agréer aux demandes des chercheurs d’asile, l’Australie se classe 25e per capita. Cela nous place bien en deçà des autres pays ayant une santé financière similaire à la nôtre». Il croit toutefois que la remise de leur rapport a reçu une couverture médiatique importante en Australie et outre-mer. «Les deux pays ont refusé de répondre à nos recommandations», déplore-t-il. D’après Graeme McGregor, «la population est maintenant plus informée que jamais des problèmes fondamentaux existant à l’île Manus».

Être informé et intéressé ne vont pas toujours de pair. «Le gouvernement australien traite les demandeurs d’asile comme des animaux depuis des années. L’affaire Manus n’est pas la première sédition ayant eu lieu dans des centres de détention et ne sera pas la dernière. J’ai malheureusement l’impression que la plupart des Australiens y accordent peu d’importance», dénonce Steven Henderson, étudiant australien en journalisme.

L’avocat et directeur de Humanitarian Research Partners, Ben Pynt, propose aux Canadiens de demander à leur gouvernement de ne pas laisser passer ces atrocités sans mot dire. «Il faut exiger une investigation, la justice, le respect et la dignité pour ces gens. Il faut rétablir l’accès des avocats et de la presse au centre de détention», insiste-t-il. Pour lui, il ne fait aucun doute «qu’arrêter les bateaux» à destination d’Australie comme le souhaite Tony Abbott ne doit pas se faire à n’importe quel prix.

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