Conserver l’excellence

jeudi 17 avril 2014 1:00
Crédit photo: Thomas Lewandowski

Crédit photo: Thomas Lewandowski

Les étudiants des Conservatoires de musique du Québec remettent en question les décisions du gouvernement face aux dettes de l’établissement et se regroupent pour se faire entendre.

Par Marianne Julien

Le gouvernement du Québec coupe depuis des années dans la subvention du Conservatoire de musique de Montréal, qui croule sous les dettes. Il veut résoudre le déficit en coupant de façon majeure et en restructurant ses activités, provoquant la colère des étudiants.

À sa création, le Conservatoire de musique de Montréal était une société d’État entièrement financée par Québec. En 2007, il a changé de statut pour devenir une corporation et reçoit depuis une subvention fixe de 30 millions de dollars par année, montant équivalent à ses dépenses antérieures. «Mais sont arrivés des coûts supplémentaires : une location de locaux et des taxes qui représentent trois millions par année, explique le représentant syndical des professeurs du réseau du Conservatoire, Jean Vallières. Ces 30 millions ne sont plus suffisants.»

Suite à une étude de deux ans sur le déficit, des comités ministériels ont présenté un document de consultation le 19 février dernier. La solution consiste en deux étapes : des coupures et une restructuration. «Les coupures ont eu lieu l’an dernier. L’accompagnement avec les élèves et les cours privés ont été raccourcis de 33%», souligne Jean Vallières. La restructuration consiste à l’élimination du niveau collégial et universitaire dans les cinq Conservatoires en région. Elle hausse aussi les frais de scolarité et impose des frais au préparatoire, l’équivalent du niveau secondaire qui était jusqu’alors gratuit. Elle pousse également le Conservatoire à coopérer avec les universités environnantes, à partager les élèves et la formation.

«Ces mesures portent atteinte à la mission du Conservatoire, elles nous font de plus en plus ressembler à une université, s’indigne le vice-président de l’Association des Étudiants du Conservatoire de Musique de Montréal (AECMM), Guillaume Laplante-Anfossi. Il perd sa raison d’être : une formation d’excellence gratuite au Québec. Le préparatoire et le collégial sont la base de la formation du Conservatoire, il disparaîtra sans eux.»

Jean Vallières souligne que les élèves en région seraient transférés vers les écoles privées, où la formation est diamétralement différente, ou iraient dans les Conservatoires des grands centres. «L’État a une obligation légale envers ces étudiants, c’est-à-dire les faire entrer», affirme le professeur en ajoutant que cela pénaliserait les autres étudiants de Québec et Montréal. Suite aux coupures, le Conservatoire a dû remercier deux enseignants et couper les fonctions d’un troisième, selon le président de l’AECMM, Antonin Cuerrier.

Les membres de l’AECMM sont offensés par ces décisions. Antonin Cuerrier pointe que si les élèves de région sont transférés dans les écoles privées, le gouvernement se dit prêt à soutenir financièrement ces écoles. «Pourquoi ne pas financer directement le Conservatoire? C’est insultant», dit-il.

L’AECMM trouve de nombreuses contradictions à ces décisions. «Comment est-il possible d’être compétitif alors qu’on coupe le plus important dans notre formation?», pointe Guillaume Laplante-Anfossi. Le document de consultation établit également une corrélation entre la baisse démographique et la fréquentation du Conservatoire. «La baisse de fréquentation est seulement due à l’exigence du talent. On ne peut pas former 22 violonistes par an», illustre Antonin Cuerrier.

Du côté du gouvernement, on parle plutôt de plan de relance. «La démarche a pour but de régulariser la situation financière et d’assurer la pérennité de l’institution», explique la conseillère en communications au Ministère de la Culture et des Communications, Anne-Sophie Lacroix. Cependant ce plan n’est pas encore public, seul le document de consultation, qui fait office de mise en situation, est accessible. «En raison du déclenchement des élections, la tournée de consultation est suspendue», ajoute-t-elle.

S’il n’y a pas plus de financement, la solution ne se trouve pas non plus dans le privé. «Ça nous dirigerait vers une privatisation et une marchandisation de la formation, expose le président de l’AECMM, Antonin Cuerrier. Le Conservatoire n’a rien à voir avec l’offre et la demande.» Son vice-président Guillaume Laplante-Anfossi soutient que cette institution doit rester publique, comme son financement. Selon Jean Vallières, le Conservatoire ne coûte pas si cher que ça. «Les professeurs ici sont payés jusqu’à 40% de moins qu’un homologue dans une université», s’exclame-t-il.

Lors des consultations, professeurs et élèves feront valoir leurs revendications : le rétablissement des cours et services offerts avant les coupures, un financement gouvernemental entier et la gratuité des niveaux préparatoire et collégial.

1 Comment

  • Alain Lamothe

    Bonjour à Tous,
    Je me présente: je suis professeur de percussion au Conservatoire de musique de Gatineau ainsi que Président de la section locale du Syndicat des professeurs au CMG.
    À la suite des coupures de l’an dernier,une analyse récente de la situation à Gatineau montre clairement que les élèves prennent plus de temps à finaliser leur programme de formation, quantitativement et qualitativement.Donc, j’affirme qu’à court et moyen terme le niveau des élèves
    lors des examens terminaux, sera inférieur à celui des années antérieures.
    Suite à la restructuration des Conservatoires,verrons-nous une baisse du prestige international de notre Institution ainsi qu’une diminution des services en région?
    Qu’adviendra-t-il de notre identité régionale en tant qu’artiste si, en région, nous perdons nos
    étudiants?

    Au plaisir de Vous lire!

    Alain Lamothe

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