La vallée de l’indépendance

vendredi 14 novembre 2014 5:30

Crédit : Teanna Ducharme.

Crédit photo : Teanna Ducharme
Maître chez soi, c’est la raison pour laquelle les Nisga’a se sont battus. Cette première nation de la Colombie-Britannique réclame leur territoire, les droits sur leurs ressources et leur autonomie.

Par Maude Parent

Sayt-K’il’im-Goot : un cœur, un chemin, une nation, c’est la devise de la nation Nisga’a. Le chemin a toutefois été long et périlleux, comprenant 113 ans de lutte constante et 250 séances de consultation et d’informations publiques. C’est après coup que cette communauté autochtone de la Colombie-Britannique a pu signer un traité lui permettant d’avoir un gouvernement autonome.

C’est dans la vallée de la rivière Nass au Nord-Ouest de la Colombie-Britannique que coule avec la même limpidité que la rivière, l’histoire des Nisga’a. Ce peuple s’est battu pour ses droits fonciers, faisant du Nisga’a Final Agreement le premier traité signé par la Colombie-Britannique depuis un siècle. Teanna Ducharme est née à Gitwinksilkw, l’un des quatre villages de la nation. Imprégnée de sa culture, elle pense que le peuple Nisga’a ne souhaitait pas se dissocier du gouvernement de la province canadienne par défaut d’appartenance. La nation réclamait plutôt ses droits ancestraux sur des terres jamais conquises par le gouvernement britanno-Colombien. «Nous étions prêts à prouver notre appartenance. Nous voulions abolir la Loi sur les Indiens et ainsi obtenir le droit d’utiliser nos propres lois pour gouverner notre peuple» relate Teanna Ducharme. Le traité a été mis en application le 11 mai 2000. Depuis ce jour, les Nisga’a n’ont plus à remettre leur identité en question. Selon Teanna Ducharme, le peuple est Nisga’a avant d’être Britanno-Colombien et avant d’être Canadien.

À la manière romanesque d’une lutte culturelle, que la nation ne cesse de grandir avec le gouvernement Nisga’a Lisim (GNL). Celui-ci constitue le gouvernement principal élu. Il est appuyé du gouvernement local de chacun des quatre villages. «La nation sera prospère dans une société autonome où règnent une économie stable et un développement culturel basés sur la détermination et le bien-être du peuple dans l’intérêt des générations futures», énonce la Déclaration de la Nation Nisga’a. Selon le GNL, les gens de la nation sont liés comme une seule et même personne. Bien que le gouvernement Nisga’a gère son système d’éducation, de santé et même leur économie, sa constitution se base sur la charte canadienne des droits et libertés.

La poésie de cette nation, c’est bel et bien leur culture. Celle qui prône la collectivité, le partage, la protection de la langue et des traditions à travers l’éducation. Pour les Nisga’a, la culture et la langue sont au fondement même de leur identité. C’est pourquoi le conseil des aînés Ayuukhl Nisga’a est représenté au GNL : pour assurer le maintien de cette identité et de cette culture qui rend la nation autochtone aussi unique. Depuis la mise en place de leur gouvernement autonome, l’éducation au sein des communautés Nisga’a a grandi en importance, mais il y a encore du chemin à faire. «C’est un engagement de faire partie de la communauté, d’y apprendre la culture et la langue», pense Teanna Ducharme. Elle est allée à l’école primaire dans son village pour y apprendre les enseignements de ses ancêtres. Elle a finalement déménagé à Vancouver pour poursuivre ses études secondaires et universitaires. «Souvent, il faut quitter nos communautés pour bénéficier d’une meilleure éducation», croit Teanna Ducharme. Elle est tout de même fière de ses origines et sent qu’elle représente sa nation, peu importe où elle se trouve dans le monde.

La traversée des Nisga’a vers le flot de leur indépendance gouvernementale sert maintenant de modèle aux 51 autres groupes autochtones qui étaient aussi en négociation de traité en 2010. Ne faisant qu’un avec le territoire de leurs ancêtres, c’est l’eau de la rivière Nass qui coule dans leurs veines. C’est leur culture qui les habite et qui les lie les uns aux autres. C’est leur détermination qui a permis à ce peuple de s’autogouverner. Le chemin se poursuit tout de même pour que la nation continue d’évoluer.

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