L’autonomie des personnes ayant une déficience intellectuelle dans un contexte de coupes budgétaires

vendredi 14 novembre 2014 6:45

Crédit : Union européenne

Crédit : Union européenne.

Les droits et libertés des personnes ayant une déficience intellectuelle ou
physique sont discutés en cette période d’austérité économique. Les coupes
survenues à l’aide sociale et en santé marquent l’exclusion sociale de nos
concitoyens et concitoyennes luttant contre un handicap.


Par Élise Pham-Minh

Des réformes lourdes de conséquences

Deux vagues de désinstitutionnalisation se sont installées, au Québec, dont la
première de 1962 à 1970 et la deuxième qui s’est enchaînée jusqu’en 1988. Malgré
les raisons humanitaires de cette approche, le rapport sur la budgétisation et la
performance financière des centres hospitaliers dont le rapport Bédard indiquait
des motifs stratégiques de réduction des dépenses. Les dépenses publiques se sont
alors dirigées vers les assurances, les interventions pour développer l’autonomie
des personnes ayant une déficience intellectuelle ainsi que la réorganisation des
services dans la communauté. Quand la Commission Castonguay-Nepveu avait
adopté une réforme en 1971, elle avait permis la construction de plusieurs
structures telles que les centres locaux de services communautaires (CLSC) et les
conseils régionaux de santé et des services sociaux (CRSS).
Un schéma contraire fait surface avec la nouvelle réforme du ministre de la
Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette qui présente une abolition des
agences de la santé dans le projet de loi 10. La section IV sur la Loi sur l’équilibre
budgétaire du réseau public de la santé et des services sociaux indique que les
articles 5 et 6 ne seront plus appliqués. Par exemple, les compressions ont menés à
une tentative d’abolition des allocations pour les déficients intellectuels de 4,36$
par jour de travail pour les frais de transport, qui constituent leur seul salaire. Même si le ministre Barrette a reculé sur cette affaire, ces coupes budgétaires démontrent
les impacts de cette réforme.
Intervenante sociale et mère d’un jeune adulte trisomique, Sylvie Laurendeau
souligne: « Comme parent, j’ai été témoin de nombreuses réformes qui au bout du
compte résultaient par une diminution des services offerts. Encore une fois, le
ministre de la santé essaie d’«optimiser», mais une augmentation des dépenses
publiques sera inévitable pour répondre aux besoins des déficients intellectuels. «Ce
sont les association de parents qui pallient au manque de ressources. »
L’Association du Québec pour l’intégration sociale (AQIS) regroupe plus de
80 associations sur l’ensemble du territoire québécois où des parents promeuvent
les droits et intérêts des personnes en déficience intellectuelle. L’impact majeur
résulte de l’absence du soutien du gouvernement. Donc, les parents doivent
s’épuiser dans le secteur privé à cause du manque de services.
La qualité des services sociaux sera certainement affectée. « Quand on ne
prend pas en charge assez rapidement (…), ça veut dire qu’on accepte que son état
se détériore (…), puis que là, on ait à lui donner beaucoup plus de services. Ce n’est
pas là qu’il faut couper », affirme Carole Dubé, présidente à l’Alliance du personnel
professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

La prestation privée

L’abolition des agences de la santé laisse place à la création d’un centre
intégré de santé et de services sociaux (CISSS) dans chaque région en dehors de
Montréal. Cette «optimisation» pourrait encourager la privatisation des services.
Comment la prestation privée peut-elle coûter moins chère lorsque l’objectif
premier est de faire du profit ? Lorsque le patient devient un client, l’éthique n’est
pas au rendez-vous.

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