La pornographie se discipline

jeudi 19 janvier 2012 1:00

Par Marie-Ange Zibi

Malgré les diverses règlementations existantes, l’État doit redoubler d’efforts autant dans le contrôle du contenu pornographique que de son accès aux moins de 18 ans. Soixante-dix-sept pour cent des parents de jeunes entre 10 et 14 ans sont plus susceptibles de surveiller l’utilisation que font leurs enfants d’Internet à la maison. Cette donnée de Statistiques Canada illustre à elle seule l’inquiétude planant au-dessus de la toile et de sa multitude de sites déconseillés aux mineurs.

La protection des mineurs face à l’abondance d’images hypersexualisées constitue un double enjeu en soi. «L’État doit davantage contrôler ce qui se passe au niveau pornographique et veiller à la protection des mineurs. Une partie importante du travail doit également se faire au niveau de l’éducation; notamment avec les parents à la maison», indique Nancy Langlois, psychoéducatrice québécoise. Plus qu’un simple outil de divertissement, l’abondance d’images hypersexualisées exerce une influence palpable sur la jeunesse actuelle. «Il est évident que, dans notre société occidentale, la pornographie combinée à tout l’affichage qui y est associé a donné lieu à une hypersexualisation réelle chez les jeunes, explique Mme Langlois. Les jeunes filles, étant la cible principale, s’identifient souvent inconsciemment à l’image sexualisée.»

Plusieurs règlementations existent néanmoins au niveau de la diffusion cinématographique. Depuis peu, le gouvernement a déployé plusieurs outils de prévention afin de contrer la vulnérabilité et l’exposition massive des jeunes face à l’univers pornographique. En 2004, le projet de loi C-2 est présenté, puis voté. L’ensemble du projet base essentiellement ses prémisses sur celles du Code criminel et vise à protéger les mineurs face aux abus ou illégalités se retrouvant dans certains cas dans la pornographie.

La Régie du cinéma du Québec (RCQ), elle, constitue l’une des principales figures gouvernementales dans cette tentative de contrôle plus efficace. Son mandat principal mise sur la classification des films présentés au Québec. En septembre 2008, l’institution publie un document expliquant les motifs de refus de classement de certains films pour adultes. La règle se veut claire: il n’y aura pas d’exploitation de personnes mineures, de contenu contrevenant à l’intégrité de la personne ou encore contribuant à la dégrader. «Il est déjà arrivé que l’on refuse de classer un film parce qu’il comportait des scènes de violence physique», explique Jacynthe Boisvert, conseillère aux communications à la RCQ.

Une vigilance accrue est donc en vigueur du côté du cinéma, mais qu’en est-il du côté d’Internet? «La classification des films pornographiques s’effectue principalement pour le cinéma et en fonction de l’âge, explique la conseillère. Nous n’avons aucun contrôle sur la production Internet.»

L’envers du décor

Pour les acteurs Samantha Ardente et Derek Tyler des productions Sam Ardente, les seules contraintes dans le contenu proposé sur leur site Internet sont celles qu’ils s’imposent. «Mon associé Derek Tyler est également mon conjoint dans la vraie vie. Pour nous, c’est certain qu’il n’y a aucun préservatif dans les scènes, explique Mme Ardente. Par contre, s’il s’agit d’une situation où deux acteurs ne se connaissent pas, le préservatif sera requis.»

La réalité n’est pas la même dans les lois régissant les productions à l’étranger. En 2004, le cas de l’actrice québécoise Lara Loxx avait ébranlé toute l’industrie. La jeune femme s’est retrouvée atteinte du sida à la suite de plusieurs tournages pour des productions de Los Angeles. Depuis peu, l’État californien songe à obliger les acteurs à se munir d’un préservatif lors de tournages. Dans le milieu pornographique français, au contraire, un contrôle est solidement implanté. Chaque scène doit systématiquement illustrer la mise d’un préservatif.

Même si la RCQ n’a aucun pouvoir réel sur le contenu des maisons de production sur la toile, celle des productions Sam Ardente se plie tout de même à quelques exigences. «La Régie intervient davantage dans les normes de diffusion. Nous diffusons à la télé, nous produisons en DVD, et nous vendons également sur notre site Internet. On essaie donc le plus possible de suivre les normes sur ce plan», explique Samantha Ardente.

Le constat est le même du côté de l’entreprise pornographique Les Productions Pegas. «Notre approche est plus conventionnelle, explique Nicola Lafleur, responsable et producteur. En règle générale, nos productions rentrent toujours dans les normes de la Régie.» Pour M. Lafleur, le gouvernement devrait davantage agir au niveau de certaines productions dites extrêmes, et ce, même si la tâche s’avère difficile. «Le gouvernement aurait définitivement intérêt à agir dans ces cas. Mais s’il existe des maisons de production qui priorisent la violence ou le sadomasochisme, c’est malheureusement parce qu’il y a bel et bien une clientèle pour ce type de marché», indique-t-il.

De plus en plus d’organismes multidisciplinaires posent des actions concrètes afin de lutter contre cette problématique. Pour Kim Charest, sexologue et auteure, une collaboration gouvernementale devrait améliorer la situation. «Il y a plusieurs efforts qui sont mis par le gouvernement, mais aussi qui sont mis par des professionnels des services sociaux ou même du milieu juridique. Il n’est donc pas rare que ceux-ci amènent des amendements à des lois existantes, et ce, dans le but d’accroître la protection des mineurs face à toute forme d’exposition ou encore d’exploitation.»

 

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