Une lutte qui vaut son pesant d’or

mardi 18 novembre 2014 8:15

Mines canadiennes au Chili

La résistance des communautés indigènes devant les géants miniers dans la région d’Atacama au Chili pourrait bien rompre une tradition de duels inégaux.

Par Félix Deschênes

Dans la vallée de Huasco à quelque 700 km au nord de Santiago, le calme règne sur les chantiers miniers de Pascua Lama et d’El Morro, propriétés respectives de Barrick Gold et de Goldcorp Inc. Certains pressentent un tournant décisif dans la reconnaissance des revendications des populations indigènes.

Tout n’est pourtant pas uniforme dans le mouvement d’opposition des communautés de descendance diaguita, neuvième et dernière nation reconnue par la Loi autochtone chilienne. S’ils partagent des préoccupations sociales et environnementales communes, les Diaguitas de la vallée de Huasco ne se mobilisent pas sur un front commun.

«Les Diaguitas sont de toutes petites communautés qui se sont regroupées récemment pour organiser une résistance plus efficace face aux minières», explique la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Marie-Christine Doran. Ce ralliement récent entraine une ambiguïté au point de vue de la représentation du groupe, tandis que plusieurs individus se sont proclamés porte-paroles légitimes des autochtones de la région.

L’organisation Comunidad Agricola Diaguita de los Huascoaltinos est propriétaire de l’Estancia diaguita, regroupant de vastes terres ancestrales dans la vallée de Huasco. Enregistrée légalement comme une communauté agricole, l’organisation défend l’intégrité du territoire et les droits des 260 familles qui y résident, sans être reconnue par la Loi autochtone chilienne. Bénéficiant d’un appui des groupes écologistes militants, la Comunidad Agricola refuse pour le moment de transiger avec les responsables du projet Pascua-Lama, susceptible de perturber l’équilibre hydrologique de la région.

L’association Consejo Comunal Diaguita del Huasco Alto jouit quant à elle d’une plus grande légitimité aux yeux de l’État chilien, mais ne fait pas l’unanimité dans les communautés indigènes. Défendus par des avocats qui ont eu un grand succès en cour contre les minières canadiennes, les membres de l’association ont jusqu’à présent montré une certaine ouverture au dialogue avec les entreprises minières, tout en maintenant qu’ils ne leur accorderaient pas leur confiance de sitôt.

La division entre ces deux entités autochtones s’est approfondie après la signature en avril d’un protocole d’entente pour échange d’informations entre Barrick Gold et 15 communautés indigènes diaguitas de la province du Huasco. Les représentants de la Comunidad Agricola, exclus de ces discussions, y ont vu une stratégie de communication cherchant à rendre le projet viable aux yeux des communautés de la région.

Le médiateur mandaté pour arbitrer impartialement ces discussions, l’avocat et anthropologue Alonso Barros, refuse de parler à l’heure actuelle d’un réel dialogue. «Il s’agit d’un due diligence social et environnemental, une procédure visant à créer un climat de confiance basé sur les études techniques d’experts indépendants choisis par les Diaguitas», spécifie-t-il.

Entamée à la fin du mois d’avril, cette première phase d’études indépendantes aux frais de Barrick Gold s’est terminée le 30 octobre dernier. «Les communautés diaguitas pourront ensuite déterminer de bonne foi si elles décident ou non d’entrer en phase de dialogue», explique Barros.

Crédit : Dimitry-B.

 

Un contexte propice

À en croire certains analystes, le climat social actuel au Chili serait favorable à la lutte des autochtones. «Après le retour de la démocratie en 1990, la société était en dormance. Au début des années 2000, par contre, on a remarqué un éveil des Chiliens par rapport à la défense de la territorialité et la protection de la culture autochtone», avance le géographe chilien Manuel Méndez Díaz.

Selon Marie-Christine Doran, l’espoir d’un changement majeur pour le respect des indigènes de la vallée de Huasco repose sur deux facteurs de réussite. Elle mentionne une réappropriation des outils du droit par les acteurs pro-autochtones sans pour autant compromettre leurs actions citoyennes collectives. S’ajoute à cela une attitude encourageante des pouvoirs judiciaires qui semblent avoir le souci authentique d’implanter pleinement la Convention n°169 de l’Organisation internationale du travail.

En vigueur depuis 2009 au Chili, cette mesure impose que les populations autochtones soient consultées, en tout respect de leur mode de représentativité, lors de la mise en place d’un projet pouvant affecter leur territoire ancestral. Dans cette veine, un jalon a été posé le 7 octobre dernier lorsque la Cour suprême chilienne a ordonné l’interruption des travaux de construction au chantier d’El Morro. Elle juge que Goldcorp Inc. a manqué à ses obligations de consultation. Les Diaguitas auront donc leur mot à dire par rapport à la reprise potentielle des travaux, qui ne s’annonce pas imminente.

Malgré les enjeux de représentativité qui ont quelque peu terni la résistance des indigènes de la vallée de Huasco, plusieurs se montrent optimistes à l’idée d’un lent redressement de la justice à l’horizon du désert d’Atacama.

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