Quand le sport tue le corps

mercredi 19 novembre 2014 6:00

Crédit : Runar Eilertsen

Le sport est essentiel à la bonne santé, mais bien peu de gens sont conscients qu’un excès d’exercice est aussi mauvais que la sédentarité complète.

Par Thomas Litalien

La bigorexie est un phénomène psychologique qui signifie la dépendance à l’activité physique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’a reconnue comme une maladie mentale au même titre que l’anorexie et la boulimie. Étant donné cette émergence, il est difficile de diagnostiquer un être humain de cette maladie, d’autant plus qu’il est tout aussi ardu d’approcher et de questionner un grand sportif parce qu’il a un «problème». La bigorexie touche autant le sportif amateur que professionnel. Le but est de définir où se situe la ligne qui sépare la pratique d’une activité sportive par amour ou par dépendance.

L’obsession et la dépendance
Le phénomène psychologique derrière la frénésie sportive se nomme «le dualisme de la passion» et oppose deux visions sur la pratique d’un sport. La première, la passion harmonieuse, est le fait d’intégrer un sport dans sa vie en gardant le contrôle sur le reste des activités qui la régissent. La deuxième, passion obsessive, est plutôt dans l’optique de l’investissement d’intensité de manière contrôlée. Selon le doctorant en recherche en psychologie à l’UQAM, Jérémie Verner-Filion, la véritable différence «n’est pas la quantité de l’investissement, mais bien la qualité». Dans cet engagement, on peut compter le temps, l’effort, l’énergie et les ressources. La passion obsessive est présente dans tous les aspects de la vie, mais l’est un peu plus dans le domaine sportif. «Environ 85 % des gens ont une passion au moins modérée pour une activité. Parmi eux, 60 % l’éprouve pour une activité sportive», note le doctorant. Il y a un certain point où, quand il est dépassé, l’individu ne saura plus pourquoi il pratique un sport parce qu’il en est dépendant, alors qu’un passionné obsessif le fait par amour. C’est cette ligne qui marque l’entrée dans le monde bigorexique. En plus d’être très difficile à percevoir, elle est subjective, chaque individu progresse à sa vitesse.

Il y a sept critères d’asservissement selon la exercise dependance scale, une étude effectuée sur 480 étudiants en kinésiologie. Dans ces critères, on retrouve entre autres le besoin d’exercice, l’endurance, le manque de contrôle face à la pratique et la diminution de l’engagement envers les membres du cercle social de la personne. Un bigorexique correspond à chacun de ces critères.

Dangers
La dépendance au sport peut mener à plusieurs complications notables. Pour le corps, l’exercice physique excessif peut causer des blessures ponctuelles. Un bigorexique blessé risque de ne pas prendre pas le temps de s’informer et d’appliquer aux blessures la période nécessaire pour récupérer. Lors d’un entrainement: l’excès mène à l’effet inverse, c’est-à-dire qu’il n’aura pas eu le temps de se reformer et il aura une moins grande capacité de force. Ce genre de sous-performance peut vite mener à l’idée de la consommation de produits similaires aux stéroïdes chez les sportifs, puisqu’ils auraient la mentalité de revenir au meilleur niveau compétitif le plus rapidement possible.

Le dépendant à l’activité physique est enivré dans son monde, il met donc de côté plusieurs autres aspects de sa vie. C’est le cas pour lanceur de marteau pour le club d’athlétisme de l’Université Laval, Anthony Campbell. «Ma priorité, c’est le lancer, ensuite c’est manger en fonction de ma compétition, même si je manque un cours. J’assume pleinement ce que je fais», admet l’athlète de 22 ans.

Les athlètes passionnés obsessifs ont un régime très distinct, ne mangeant que de la viande, des légumes et des noix. Ça peut être problématique dans la mesure où il y a un manque de variété dans les aliments ingérés. Ces habitudes d’alimentation sont toutefois très saines. Pour ces athlètes, rester en santé est au cœur de l’amélioration de leur performance. Discipliné, Campbell confirme donner à son corps ce dont il a besoin et ce qu’il désire.

Selon le directeur des entraîneurs au club d’athlétisme Mansfield, Félix Daigle, la dépendance affecte en grande majorité les adeptes du sport dans lesquels le poids a une influence. Ils pensent au judo entres autres, qui fonctionne par catégorie de pesanteur, le culturisme et même la course. La différence entre la première place ainsi que la deuxième dans une compétition peut parfois se jouer sur une notion de grammes.

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