Ceci n’est pas censuré

jeudi 19 janvier 2012 1:00

Par Michèle-Andrée Lanoue

Le métro de Montréal regorge parfois de publicités aux messages provocateurs. Alors que la campagne publicitaire du parfum Loverdose de la compagnie italienne Diesel tapisse mur-à-mur le corps à moitié nu d’une mannequin tenant une bouteille de parfum, des compagnies québécoises ont vu leurs œuvres publicitaires censurées sous prétexte qu’elles étaient indécentes.

L’affiche conçue pour annoncer l’Opéra de quat’sous, une pièce de théâtre musicale mise en scène par Brigitte Haentjens, ne sera jamais présentée dans le métro de Montréal. La tenue légère des femmes est jugée provocante. L’affiche publicitaire commandée par la compagnie Théâtre Sibyllines, réalisée par Angelo Barsetti, présente deux femmes issues des années 1930 légèrement vêtues. Malgré leurs dessous de petite dentelle, les femmes sont néanmoins loin d’être nues. Abordant des sujets tels que la corruption, le pouvoir et les mœurs légères, l’affiche a l’avantage de refléter les thèmes majeurs de l’œuvre, selon ses créateurs.

L’effet combiné de la tenue des deux femmes et de la cigarette qu’arbore l’une d’elles—sa présence pouvant inciter ou encourager sa consommation?a empêché la diffusion de l’affiche dans le métro de Montréal.  «En deux conversations officielles avec la chargée de Métromédia Plus ainsi que la mandataire de la Société des transports de Montréal (STM), on a invoqué le fait que l’affiche était trop osée, à caractère trop sexuel» explique Jean-Sébastien Rousseau, chargé des relations de presse au Théâtre Sibyllines. Odile Paradis, porte-parole de la STM, indique pour sa part n’avoir jamais eu connaissance de l’image en question. «Il n’y a pas eu de censure parce que la photo ne s’est jamais rendue jusqu’à nous.»

Selon M. Rousseau, en voyant les autres campagnes publicitaires dans le métro, il est difficile de cerner vraiment les «balises du bon goût». Les différentes campagnes publicitaires aperçues dans le métro contiennent des messages sexuels et provocateurs bien présents, à son avis. «Outil d’information nécessaire, la publicité requiert une formidable source de créativité artistique, mais encadrée et donc limitée», explique Marie-Josée Pinard, professeure de publicité au Collège Jean-de-Brébeuf. Selon cette dernière, le publicitaire doit accrocher le consommateur avec un hameçon et ce, sans le secouer ou trop le provoquer.

Alors que le but premier de la censure est de restreindre, voire d’empêcher la propagation d’une œuvre au public, elle termine bien souvent par engendrer l’effet contraire. Depuis la Renaissance et encore aujourd’hui, la publicité controversée aura tendance à être davantage sous les feux de la rampe en raison de la curiosité du public envers une œuvre dite «interdite». Et c’est en partie grâce à Internet que la publicité a su en tirer avantages.

Qu’elle soit provocante ou étonnante, l’affiche publicitaire intempestive peut être retrouvée le temps de quelques clics. En ce qui concerne l’affiche de l’Opéra Quat’sous, outre un « léger scandale médiatique à gérer »,  l’événement n’a eu aucune répercussion sur la production théâtrale, indique M. Rousseau. «C’est très dommage que nous n’ayons pas pu nous exprimer dans le métro, celui ci demeurant un excellent véhicule de promotion à prix raisonnable.» Néanmoins, la compagnie théâtrale conserve l’affiche originale sur son site Internet.

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L’art visuel inspire le monde publicitaire. Quelques reprises contemporaines ont été l’objet de polémiques et d’interdictions. Récemment, la compagnie italienne Benetton a véritablement suscité la controverse avec sa campagne publicitaire qui présente de nombreux dirigeants politiques en train de s’embrasser. Un photomontage du pape Benoît XVI en train de poser ses lèvres sur un imam égyptien a mis le feu aux poudres du Vatican, qui a d’ailleurs pris des moyens légaux pour empêcher la diffusion de l’image. La Maison Blanche a également désapprouvé l’usage commercial de l’image de Barack Obama.
La campagne publicitaire de Benetton intitulée Unhate vise à combattre la culture de la haine sous toutes ses formes.

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